La Coalition avenir Québec a beau tenter de fermer les yeux, il y a une crise du logement social et abordable au Québec.

Publié le 16 août

Le gouvernement Legault – comme d’autres avant lui – ne prend pas assez au sérieux la question du logement. Vendredi dernier, la CAQ a dévoilé sa première promesse électorale, consacrée au logement social et abordable. Cette promesse manque énormément d’ambition :

  • La CAQ s’engage à dépenser 1,8 milliard sur quatre ans (2022-2026), alors qu’elle vient de dépenser 2,1 milliards depuis quatre ans (2018-2022). 1,8 milliard, c’est 300 millions de moins par rapport au dernier mandat.
  • Elle s’engage à construire 7200 logements sociaux alors qu’il y a 37 149 ménages sur la liste d’attente pour un logement social (dont 23 529 ménages à Montréal).
  • Elle prévoit la livraison de 11 700 logements (7200 pour le logement social, 4500 pour le logement abordable) d’ici quatre ans, alors que son objectif pour le dernier mandat était de « débloquer » la livraison de 15 000 unités. (Avec un peu de chance, la CAQ réussira à débloquer ces 15 000 logements d’ici 2023. En jouant un peu avec les chiffres, car on compte certains projets à la fois dans la promesse de 2018-2022 et celle de 2022-2026.)

Bref, si la CAQ est réélue, elle compte en faire moins pour le logement social et abordable qu’au cours des quatre dernières années. En pleine crise du logement, il faut le faire…

Et pourtant, le premier ministre François Legault affirmait sérieusement vendredi que sa promesse électorale, qui se fonde sur des chiffres du ministère des Finances, « devrait régler le problème du manque de logements sociaux et abordables ».

Sans offrir de preuve concrète, M. Legault prétend qu’il y a des doublons sur les listes d’attente pour les logements sociaux (des gens seraient inscrits dans plus d’une région). Une affirmation étonnante parce que les critères pour s’inscrire sont assez stricts (ex. : preuve de résidence depuis 12 mois) et que les listes sont mises à jour « périodiquement ».

S’il y a un problème important de doublons, que Québec en fasse la preuve et mette la liste d’attente à jour en expurgeant les doublons. Pour l’instant, l’argument ne convainc personne, et les calculs de Québec n’ont aucun sens.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

François Legault a présenté le premier engagement électoral de la CAQ la semaine dernière : la construction de 11 700 unités de logement social et abordable.

C’est assez simple : si on construisait 37 149 logements sociaux durant le prochain mandat, ils trouveraient fort probablement preneur (le FRAPRU, qui défend des locataires à bas revenu, demande 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans).

La CAQ n’en propose qu’une fraction.

Pire, elle veut le faire dans le cadre de son nouveau Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ), créé l’hiver dernier pour remplacer AccèsLogis.

Le PHAQ a beaucoup de défauts.

Premièrement, il n’accordera plus à Montréal au moins 36 % des sommes (comme avec AccèsLogis), ce qui correspond à la proportion des familles à faible revenu du Québec qui vivent dans la métropole. Montréal sera désavantagé.

Deuxièmement, il fonctionne par appels d’offres, ce qui empêche de planifier à long terme et d’accompagner les coops d’habitation.

Troisièmement, il ouvre pour la première fois la porte aux promoteurs privés, qui peuvent construire un immeuble de logements sociaux/abordables, l’exploiter pendant 30 ans, mettre ensuite fin à cette vocation et revendre l’immeuble à profit. Même si Québec a payé 50 % du coût de construction.

Avec les coops d’habitation et les organismes sans but lucratif, les logements gardent leur vocation sociale durant toute leur vie utile. C’est un avantage immense.

La CAQ devrait revenir à la formule d’AccèsLogis, en corrigeant ses défauts (ex. : normes de construction complexes, financement inadéquat depuis 2009).

Mais surtout, Québec doit investir plus d’argent en logement social/abordable. Pas moins.

Qu’est-ce que le logement social et abordable ?

Logement social : pour les ménages à très faible revenu (ex. : moins de 33 500 $/an pour une personne ou un couple à Montréal, moins de 23 000 $/an pour une personne ou un couple à Saguenay, ça varie selon les régions). Ces ménages reçoivent une aide financière de Québec pour que leur loyer ne dépasse pas 25 % de leurs revenus.

Logement abordable : pour les ménages à revenu modeste (ex. : moins de 43 921 $/an pour une personne seule et moins de 62 113 $/an pour un couple à Montréal, ça varie selon les régions). Ces ménages ne reçoivent pas d’aide financière de Québec, mais les coops d’habitation gérant l’immeuble s’assurent de maintenir les loyers bas à long terme.

En pratique, les projets comprennent à la fois des logements sociaux et abordables. Avec AccèsLogis, un projet comprend 50 % de logements sociaux et 50 % de logements abordables. Le ratio du PHAQ : 62 % de logements sociaux, 38 % de logements abordables.

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