La Ville de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud, a appuyé sur « pause » afin de repenser un projet immobilier prévu sur d’anciens terrains industriels. À Saint-Bruno-de-Montarville, le maire a adopté des mesures d’urgence pour freiner la densification dans son centre-ville. Les deux municipalités doivent revoir leur plan d’urbanisme, mais d’ici là, elles souhaitent reprendre le contrôle de leur développement.

Publié le 20 mai

Quand on leur parle, ces élus se disent en faveur d’une densification « intelligente ». Soit. La densification peut bien être « intelligente » ou « douce », un autre terme qu’on entend souvent ces temps-ci. L’important c’est qu’on parle bien de densification.

À Saint-Lambert, on se questionne sur la hauteur des bâtiments et la capacité des infrastructures à accueillir de nouveaux résidants. Mais si on réduit trop le nombre d’habitations, le projet ne sera plus rentable. On devra reprendre le travail effectué par l’administration précédente et refaire une consultation.

Du côté de Saint-Bruno, où on retrouve un grand nombre de maisons unifamiliales, on évoque l’idée de permettre l’ajout d’une unité d’habitation sur le terrain de sa maison. On vante aussi un projet de développement immobilier près des Promenades St-Bruno, loin du centre-ville, où on prévoit ajouter une école et une garderie. Cette densification est trop douce, mais elle répond aux demandes de la population qui ne veut pas qu’on touche à son centre-ville.

Sauf que le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal, tout comme le schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Longueuil, sont clairs : il faut densifier d’abord près des services et du transport collectif structurant afin de réduire le recours à l’auto qui créerait plus de circulation. C’est ça, la densification intelligente : construire là où il y a déjà un noyau de gens. Même si, au départ, les gens résistent.

Tous les élus municipaux québécois sont confrontés aux mêmes défis provoqués par la crise climatique, qui exige de diminuer nos GES, et la crise du logement : ajouter des habitations sur leur territoire sans perdre leur âme et leur cachet.

Ces élus sont souvent pris en sandwich entre les promoteurs qui veulent construire beaucoup pour rentabiliser leurs investissements, et les citoyens qui défendent le statu quo lors des consultations, à coup de pétitions et de référendums.

On parle d’« acceptabilité sociale » et quand on parle de densité, elle est difficile à obtenir. Or cette acceptabilité, elle doit évoluer. Les élus doivent être en mesure de bien expliquer les besoins et les avantages de la densification à leur population.

Malheureusement, à l’heure actuelle, ils disposent de peu d’exemples emballants pour convaincre qui que ce soit. Quand on dit « densification », les gens voient tout de suite ce qu’ils vont perdre, pas ce qu’ils ont à gagner. Il faut donc les rassurer : la densification ne signifie pas que votre quartier se transformera en copie de Griffintown.

On peut se tourner vers la ville de Candiac, par exemple, qui développe un quartier TOD* autour de la gare de train exo. Quand elle est bien faite, quand elle est travaillée en amont avec les promoteurs, la densification améliore la qualité de vie des gens. Le transport actif rendu possible grâce à la proximité des commerces et des services a des impacts directs sur la santé physique et mentale des individus. C’est démontré.

De toute manière, les villes n’auront bientôt plus le choix de densifier : la démographie va les y forcer. Les baby-boomers vieillissants ne voudront plus habiter leur grande maison, mais souhaiteront peut-être demeurer dans leur quartier.

Plus d’immeubles de condos, donc, et moins de cottages. Sur le territoire de la CMM, la construction d’unifamiliales a chuté au cours des dernières années. Dans certaines villes américaines, on interdit carrément leur construction. C’est un gros changement de culture pour l’Amérique du Nord qui s’est construite autour de l’idéal du « bungalow-piscine-entrée de garage » après la Seconde Guerre mondiale.

On ne changera pas les mentalités du jour au lendemain, mais il faut y travailler.

Or à l’heure actuelle, ceux qui pourraient donner une impulsion au débat, des ministres importants du gouvernement Legault, nagent à contre-courant et politisent la question de la densification.

De l’avis de plusieurs acteurs du monde municipal, les déclarations du ministre des Transports, François Bonnardel – qui a dit que la densification était une « mode » –, ont causé beaucoup de tort. La densification n’est pas une mode, c’est une nécessité.

Mais il faut savoir bien l’expliquer.

*TOD : de l’anglais Transit Oriented Development, il s’agit d’un développement immobilier de moyenne à haute densité autour d’une station de transport en commun à haute capacité comme une gare, par exemple.

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