Vous estimez que le gouvernement libéral à Ottawa ne prend pas la lutte contre les changements climatiques assez au sérieux ? Attachez vos tuques avec de la broche, les conservateurs qui souhaitent s’emparer du pouvoir n’ont pas l’intention de redresser la barre.

Publié le 3 mai

Construction de pipelines, nouveaux projets de production d’hydrocarbures, élimination de la taxe carbone… La course au leadership du Parti conservateur donne droit à une surenchère qui va sûrement plaire à un groupe important d’électeurs… albertains !

Le candidat qui fait courir les foules plus que tous les autres, Pierre Poilievre, est résolument conservateur, entre autres sur le plan économique. Mais pour ce qui est de la conservation de la planète, c’est une tout autre histoire.

D’abord, il promet d’éliminer la taxe carbone de Justin Trudeau, qui représente encore selon bon nombre d’experts un des meilleurs outils pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. À ce sujet, il ne s’est pas gêné pour attaquer Jean Charest, à qui il reproche de soutenir l’idée d’un prix sur le carbone.

Pierre Poilievre a décidément beaucoup d’atomes crochus avec ceux qui, dans l’ouest du pays, défendent bec et ongles l’industrie des hydrocarbures. Il promet aussi l’élimination de ce qu’il qualifie de « projets de loi anti-énergie », incluant celui sur les évaluations environnementales adopté par les libéraux pour colmater les brèches faites sous Stephen Harper il y a dix ans.

Le candidat populiste s’est aussi engagé à donner l’approbation fédérale au projet GNL Québec s’il est élu, alors que le dossier a été longuement examiné, puis fermé, et que le gouvernement de François Legault n’a pas d’appétit pour le rouvrir.

Ô surprise ! Jean Charest a lui aussi décidé que ce projet mérite d’être ressuscité des morts ! Et il se dit également embêté par les évaluations environnementales plus poussées pour les projets énergétiques.

Il a promis, lui aussi, d’abolir la taxe carbone. Mais à ce sujet, il est plus modéré que Pierre Poilievre. S’il prend le pouvoir, il y aura toujours une tarification sur le carbone, mais « destinée aux industries ». Cela dit, il ne serait plus obligatoire pour les provinces d’y souscrire.

Ce serait un recul majeur, alors que le fédéral s’est battu jusqu’en Cour suprême pour pouvoir imposer sa tarification d’un océan à l’autre, ce qui tombe sous le sens puisque la pollution ne connaît pas de frontière et qu’on ne veut pas qu’une province fasse une concurrence déloyale aux autres en éliminant sa taxe carbone.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre n’a tellement pas la cote chez les conservateurs que l’ancien premier ministre du Québec dit vouloir revoir l’objectif du pays d’ici 2030. Il propose une baisse de 30 %, alors que la cible des libéraux oscille entre 40 % et 45 % par rapport aux niveaux de 2005.

Parmi les alliés de Jean Charest, on souligne avec raison que le gouvernement libéral a peut-être des cibles plus ambitieuses, mais il ne parvient jamais à nous prouver qu’il est capable de les atteindre.

L’absence de résultats substantiels demeure un handicap pour les libéraux, même si leur plan est crédible.

Il reste que ce n’est pas une bonne excuse pour réduire les cibles. On veut plutôt voir nos politiciens redoubler d’efforts pour le climat.

Malgré tout, Jean Charest se démarque de son principal rival conservateur parce qu’il a rendu public un plan plus étoffé qui contient plusieurs mesures climatiques et environnementales. On y évoque entre autres les souhaits d’instaurer un prix sur le carbone à la frontière et de réduire de 20 % de l’intensité carbone des carburants destinés au transport.

Le recul proposé par Jean Charest est donc moins marqué que celui de Pierre Poilievre. Mais il reste que les deux conservateurs nous proposent de faire marche arrière.

Les scientifiques, pour leur part, nous prient d’avancer plus rapidement, avant qu’il ne soit trop tard. Y renoncer est vraisemblablement le prix à payer, hélas, si l’on veut remporter la course au leadership du Parti conservateur.

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