Deux fois, le gouvernement Legault a brandi un bâton, un vrai, contre les non-vaccinés. Deux fois, il a fini par le ranger avant de l’utiliser.

Publié le 2 février

La première fois, c’était avec la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé.

La deuxième est survenue mardi, avec l’abandon de la « contribution santé » pour les non-vaccinés.

Dans les deux cas, on se demande pourquoi le gouvernement a fait planer de telles menaces s’il n’avait pas les moyens ou la volonté de les mettre à exécution. Pourquoi il n’a pas mûri ses réflexions avant de les lancer dans l’espace public. Le tout donne l’impression qu’il navigue à vue au gré de l’humeur du moment.

Vrai, l’opposition des autres partis à la taxe santé aurait plongé l’Assemblée nationale dans de longs débats. Que la CAQ ait renoncé à un combat politique aussi polarisant peut se justifier.

Mais il était quand même étonnant, mardi, d’entendre François Legault expliquer également sa volte-face par la « grogne » populaire.

Oui, on sent le mécontentement monter depuis l’arrivée d’Omicron. Mais ce terme regroupe deux sentiments bien distincts. La colère de ceux qui paralysent actuellement Ottawa au nom de la « liberté » n’a rien à voir avec celle des citoyens vaccinés qui se font encore imposer d’énormes sacrifices (et qui ont, justement, l’impression de payer pour les non-vaccinés).

Il était donc troublant d’entendre M. Legault évoquer les manifestations à Ottawa et le convoi qui s’organise vers Québec pour justifier l’abandon de la contribution santé. Comme si on devait céder devant les manifestants ! Ceux-ci sont déjà assez galvanisés comme ça pour qu’on ne leur donne pas l’impression que leurs actions mènent à des victoires.

Soyons aussi sérieux : ces sentiments étaient déjà présents, le 11 janvier dernier, quand M. Legault a affirmé haut et fort que les non-vaccinés « auront une facture à payer » et que le montant serait « significatif ».

Il était aussi très évident, à ce moment, qu’une telle mesure ferait des vagues. M. Legault croyait-il vraiment qu’imposer une taxe de centaines de dollars à des gens qui résistent depuis des mois aux incitatifs positifs (loto vaccinale) et négatifs (passeport sanitaire) serait accueilli par des sourires et des marques d’affection ?

Évoquer cette idée, en faire un projet de loi, c’était en quelque sorte se préparer à une lutte. Ou, à tout le moins, à tenir un message de fermeté – y compris face à l’opposition. D’où le contraste difficile à expliquer entre la détermination affichée il y a trois semaines et cette volonté soudaine d’éviter toute forme de confrontation au nom de la « cohésion sociale ».

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Derrière les arguments déroutants de M. Legault se cachent peut-être de bonnes raisons d’abandonner la contribution santé. Il est possible qu’on ait réalisé que son application était plus complexe que prévu.

Cette taxe devait être précédée d’une main tendue par le ministre Lionel Carmant aux non-vaccinés (une approche qui demeure). C’était absolument essentiel pour éviter de pénaliser les plus vulnérables. Malgré cela, le gouvernement a peut-être conclu qu’il était moralement discutable d’envoyer une facture à des gens qui n’en ont pas les moyens.

Mais il aurait fallu réfléchir à tout cela avant d’avancer l’idée publiquement.

Ces reculs accentuent l’impression de confusion et d’improvisation. Ils font surtout en sorte qu’il sera dorénavant plus difficile de prendre le gouvernement Legault au sérieux lorsqu’il voudra adopter toute mesure ferme envers les non-vaccinés. Le contraste avec Justin Trudeau, qui garde le cap avec la vaccination des camionneurs et celle des employés fédéraux, est frappant.

Le mieux est sans doute de tourner la page sur cet épisode gênant et de trouver des moyens d’accélérer le rythme auquel on donne les doses de rappel, les vaccins aux enfants et, oui, les premières doses à ceux qui n’ont toujours pas relevé la manche. Pour ce dernier aspect, Lionel Carmant occupe maintenant toute la place dans le rôle du good cop.

Le bad cop, lui, a rangé son bâton et a quitté la scène.

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