Ce n’est pas d’hier qu’on n’investit pas assez en santé publique au Québec, mais c’est seulement depuis le début de la pandémie que ça nous saute aux yeux.

Publié le 20 janvier

Malheureusement, on n’avait pas encore senti de mobilisation d’envergure pour qu’on remédie, à Québec, à ce problème. Ça pourrait changer (et, de grâce : ça devrait changer !) maintenant que la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, vient de publier son rapport d’enquête sur la performance des soins et services aux aînés durant la première vague.

L’une des deux parties du rapport est entièrement consacrée au renforcement du rôle stratégique de la santé publique (la deuxième traite, plus globalement, de gouvernance). Et les conclusions sont implacables.

À commencer par celles sur le sous-financement, qui témoignent d’un retard embarrassant du Québec dans l’ensemble du Canada, mais aussi dans le monde.

En 2019, alors que les dépenses globales en santé au Québec s’élevaient à 58,6 milliards de dollars, la part réservée à la santé publique n’était que de 2,2 % (soit 1,3 milliard). Cette part est « la plus faible des provinces canadiennes ».

Mais attendez, ce n’est pas tout ! Le Québec est, de plus, la seule province où cette part a chuté entre 2010 et 2019 (en moyenne de 3,5 % par année).

Les investissements du Québec en santé publique par habitant sont non seulement moins élevés que dans les autres provinces, mais aussi que la moyenne, en matière de soins préventifs, des pays de l’OCDE.

Reconnaissons-le : la santé publique est traditionnellement le parent pauvre des systèmes de santé. Mais au Québec, cette pauvreté est encore plus flagrante qu’ailleurs.

C’est carrément gênant. C’est aussi un handicap très sérieux, tout particulièrement en cas de crise sanitaire.

Le rapport nous apprend en effet que « les diverses études analysant la réussite ou l’échec des pays dans la gestion de la pandémie établissent un lien clair entre les investissements continus et importants en santé publique et l’impact de la COVID-19 ».

Les données recueillies sur le terrain vont dans le même sens.

On a interrogé, dans le cadre de l’enquête de la commissaire, quelque 150 personnes. Plusieurs ont fait le lien avec le sous-financement et le fait qu’ils ont eu du mal à exercer « rapidement l’ensemble de leurs responsabilités en lien avec la gestion de la pandémie ».

La réforme de Gaétan Barrette, en 2015, a été citée. Le ministre avait sorti la hache, et le pouvoir d’autorité des acteurs de santé publique s’en était trouvé réduit, constate-t-on rétrospectivement.

« On avait coupé 30 % du budget de la santé publique. Imaginez dans un contexte où arrive une pandémie et on avait de la misère à fonctionner dans un contexte normal. Et on avait des difficultés. On avait perdu beaucoup d’intervenants », a déclaré un des acteurs du réseau, cité dans le rapport sous le couvert de l’anonymat.

Sous-financée, la santé publique est par ailleurs marginalisée et ses responsables travaillent trop en silo. Ça aussi, ça doit changer de toute urgence.

Bien sûr, on ne saura jamais avec précision ce qui aurait été fait différemment si plus d’argent avait été investi dans le système de santé publique et si celui-ci avait été valorisé davantage. Mais il est évident que sa performance aurait été supérieure et qu’il aurait été plus apte à réagir au quart de tour.

Certains ont dit croire, par exemple, qu’il y aurait eu une meilleure collaboration entre les acteurs du réseau et que le dépistage aurait été plus facile.

On peut aussi penser qu’on aurait vu une amélioration des capacités d’analyse des risques et de surveillance de Québec. Peut-être même que notre plan de gestion de crise en cas de pandémie aurait été mis à jour et mis à l’essai.

Chose certaine, le statu quo est inconcevable.

La santé publique doit désormais être valorisée.

Elle doit se retrouver en tête des priorités du ministère de la Santé.

Et lorsqu’on réfléchira aux façons de changer la donne, il serait également utile de repenser le rôle du directeur national de santé publique, tel que nous l’écrivions récemment.

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Doit-il conserver ses deux chapeaux et demeurer sous-ministre adjoint ? Joanne Castonguay n’a pas tranché, mais elle plaide pour plus de transparence. Elle estime notamment qu’il devrait pouvoir rendre ses avis publics de façon indépendante.

Terminons avec une mise en garde : le gouvernement a une occasion en or de passer à l’action, il ne devrait surtout pas la laisser filer.

Si on ne redonne pas ses lettres de noblesse à la santé publique au Québec, alors qu’on vient de démontrer que ses déficiences ont eu un impact sur le fiasco de la première vague, quand le fera-t-on ?

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