Loto-Québec nous faisait jadis rêver en nous expliquant que gagner le gros lot, « ça ne change pas le monde, sauf que… »

Voici que le gouvernement de François Legault réfléchit à l’idée d’une loterie pour encourager davantage de Québécois à se faire vacciner.

Sur l’air de : un vaccin, ça ne change pas le monde, sauf que…

« On n’exclut rien à ce moment-ci. Incluant des loteries et des récompenses de toutes sortes », a affirmé le premier ministre lundi, jour où on lui administrait sa deuxième dose.

Certains trouveront ça affligeant, bien entendu.

Faut-il vraiment avoir recours à de telles méthodes pour convaincre une partie de la population de faire un geste qui devrait aller de soi ?

Mais le fait est que dans cette course entre les variants et les vaccins, on a avantage à explorer toutes les options pour gagner.

Et si le fait d’offrir certaines récompenses est susceptible de fonctionner, pourquoi s’en priver ?

Le fait est, aussi, qu’il faut rapidement trouver des moyens d’attirer davantage de jeunes dans les centres de vaccination.

Si 95,9 % des Québécois de 70 ans et plus ont reçu une première dose, les plus jeunes sont nettement moins enthousiastes.

Chez les 12 à 17 ans, le taux est de 68,5 %.

Chez les 18 à 29 ans, il est de 65,6 %.

Chez les 30 à 39 ans, il est de 68,7 %.

Et on ne parle même pas de la deuxième dose…

Il faudra donc faire preuve de créativité pour stimuler l’altruisme des plus jeunes. Et tout particulièrement dans la région montréalaise.

Mais avant d’investir des sommes faramineuses dans un gros lot ou une série de récompenses (certains États américains font tirer des bourses d’études pour les jeunes), pourquoi ne pas d’abord régler les problèmes qui ont déjà été documentés ?

On a parlé récemment des ratés de Clic Santé. Le site internet de prise de rendez-vous fait face à « pas mal de défis » ces jours-ci, a reconnu le ministre Christian Dubé.

À Montréal, d’autres obstacles spécifiques à la région métropolitaine devraient se retrouver en priorité dans le collimateur des autorités de santé publique.

Il y a très certainement des questions à se poser sur l’efficacité de la campagne de vaccination orchestrée en collaboration avec les écoles.

Seulement 55 % des Montréalais de 12 à 17 ans ont été vaccinés au cours des dernières semaines.

Comment expliquer cette performance décevante ? Et surtout, comment y remédier ?

On ne nous fera pas croire qu’il suffira de leur offrir des récompenses pour les convaincre de se faire vacciner.

Pourquoi, par ailleurs, n’a-t-on pas déployé des efforts plus substantiels pour faire grimper le taux de vaccination dans les quartiers les plus défavorisés de la ville.

Les écarts sont préoccupants. Et ce n’est pas d’hier que certains, dont la Fondation familiale Trottier, sonnent l’alarme.

Un exemple éloquent ? La couverture vaccinale (pour la première dose) se chiffre actuellement à 48,6 % dans le quartier Parc-Extension, alors qu’elle est de 69 % à Mont-Royal.

Dans les quartiers les plus pauvres, on manque encore de cliniques, de ressources et de stratégies de vaccination déployées en collaboration avec les organismes communautaires sur le terrain, pour profiter de leur expertise et de leur réseau.

Les autorités ont déjà mis de l’avant de telles initiatives, c’est vrai.

Et plus encore, d’ailleurs. Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on nous a même cité l’exemple de l’amélioration de l’expérience vaccinale « grâce à la zoothérapie et à la musique ».

Et le fait est que, dans l’ensemble, la campagne de vaccination au Québec connaît un succès remarquable.

On pèse nos mots, ici.

Mais il est encore trop tôt pour crier victoire.

Et on aurait tort de miser trop gros sur d’éventuels tirages pour atteindre nos objectifs de couverture vaccinale.