Il n’y aura pas de dérapage incontrôlé lors de la rencontre du G7.

Pas d’intimidation, pas d’insultes, pas de drame.

Personne ne verra orange et personne, non plus, ne verra rouge ; l’un permettant d’ailleurs d’expliquer l’autre.

Il n’y aura même pas de fin en queue de poisson, comme lorsque Donald Trump avait retiré son soutien au communiqué définitif après le G7 de Charlevoix et lâché ses chiens contre Justin Trudeau.

Bref, vous allez peut-être vous ennuyer. Mais c’est tant mieux !

C’est le début du retour à la normale dont les alliés des Américains – le Canada au premier chef – avaient tant rêvé.

Un président américain prévisible qui a remis au cœur de ses priorités le multilatéralisme.

Un chef d’État qui pense que les alliances sont comme de précieux engrenages : il faut les entretenir avec soin pour s’assurer de leur bon fonctionnement.

On dirait qu’on joue dans une reprise du film auquel on avait assisté lorsque Barack Obama s’était chargé de payer les pots cassés à travers le monde par George W. Bush.

Ce vieux Joe le dit clairement, d’ailleurs : il veut rassembler les démocraties du monde autour de l’Amérique.

Et les démocraties du monde ne demandent pas mieux.

Un tel discours après les grogneries de Donald Trump, c’est comme être accueilli par un camion-citerne rempli d’eau après avoir passé quatre ans dans le désert.

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L’enthousiasme est palpable.

Et il est démontrable.

Un sondage de l’institut de recherche américain Pew révèle qu’au sein de 16 pays sondés, pas moins de 75 % des personnes interrogées estiment que Joe Biden va faire « les bons choix dans les affaires du monde ».

Quand la même question a été posée l’an dernier au sujet de Donald Trump, le résultat a été catastrophique : un maigre 17 %.

Cela dit, les ponts que Donald Trump a aspergés d’essence avant de les brûler pour ensuite en bombarder les ruines ne vont pas se reconstruire en un jour. Ni même en huit – ce qui correspond à la durée du voyage de Joe Biden en Europe.

À preuve, deux autres chiffres extraits de ce sondage : deux personnes sur trois (67 %) pensent toujours que les États-Unis donnent la priorité à leurs intérêts par rapport à ceux de leurs alliés en politique étrangère et 57 % jugent que la relation entre Washington et ses alliés ne changera pas même si Joe Biden est président.

Il faudra bien les reconstruire, ces ponts, pourtant.

Et rapidement, on l’espère.

Il en va du sort des démocraties, dont l’étoile ne cesse de pâlir depuis une dizaine d’années.

Elles doivent prouver leur pertinence. Et s’il y a une chose que leurs dirigeants ont tout avantage à garder en tête lors de ce sommet et de ceux qui vont suivre (celui de l’OTAN, par exemple), c’est bien celle-là.

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Joe Biden est arrivé au Royaume-Uni avec un menu que la Maison-Blanche a résumé en trois mots qui commencent par la lettre c : climat, COVID-19 et Chine.

Et pour chacun de ces enjeux fondamentaux, les démocraties ont un rôle primordial à jouer.

En prenant – véritablement – le leadership sur la question du climat, par exemple. Sous Donald Trump, la Chine était pratiquement en train de se positionner comme le porte-étendard de cet enjeu sur la scène internationale.

Tant mieux si Pékin fait preuve de plus de sérieux dans la lutte contre les changements climatiques, mais les pays riches (et grands émetteurs de gaz à effet de serre) du G7 doivent néanmoins montrer l’exemple.

Sur la COVID-19, c’est la même chose. Il était temps pour les grandes démocraties de mettre fin au nationalisme vaccinal et de contribuer de façon plus substantielle à la distribution de vaccins dans les pays moins nantis. D’ailleurs, le Canada s’apprête à faire connaître ses intentions en la matière, tant mieux.

Il y a déjà longtemps qu’un pays comme la Chine a fait de la diplomatie du vaccin une priorité en matière de politique étrangère.

Enfin, parlons-en, de la Chine. Et de la Russie, puisque Joe Biden rencontrera Vladimir Poutine mercredi.

Les deux pays ont pris du galon sous Donald Trump. Et d’autres États dirigés par des autocrates, comme le Brésil et l’Arabie saoudite, s’exprimaient de façon plus décomplexée.

On ne mettra pas fin à la récession démocratique (qui avait commencé bien avant l’élection de Donald Trump) du jour au lendemain.

Mais force est de constater que l’allure du match vient de changer.

Le joueur de centre le plus talentueux de l’équipe des démocraties ne s’entêtera plus à compter à répétition dans son propre but.

Ça ne sent pas la coupe. Loin de là. Mais ça sent moins mauvais.