Aujourd’hui, si vous marchez à Westmount, vous avez deux fois plus de chances de croiser un résidant vacciné contre la COVID-19 que dans le quartier beaucoup plus pauvre et multiethnique de Parc-Extension.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Les taux de vaccination y sont respectivement de 48 % et de 23 %.

L’écart est encore plus grand entre Hampstead (53 %) et Saint-Michel-Est (21 %). Ou entre Côte-Saint-Luc–Nord (54 %) et LaSalle-Heights (21 %).

De façon générale, les données montrent que les citoyens des quartiers défavorisés sont moins vaccinés que leurs voisins des zones plus cossues. Certes, certains quartiers pauvres comptent une plus forte proportion de jeunes, qui ont accès aux vaccins depuis moins longtemps. Mais c’est loin d’expliquer l’ampleur des écarts, qui sont préoccupants pour plusieurs raisons.

D’abord, les gens moins fortunés vivent la COVID-19 plus durement que les nantis. De par la nature de leur travail, ils sont plus nombreux à l’attraper. Ils en développent plus souvent des complications, la fréquence des comorbidités suivant le statut socio-économique. Et ils encaissent plus durement les mesures sanitaires. Être confiné avec trois enfants et dans un appartement sans balcon est plus pénible que dans une maison avec cour et piscine.

D’un point de vue éthique, savoir que bon nombre des gens qui souffrent le plus du virus sont actuellement les moins protégés est donc troublant.

Du strict point de vue pratique, il est ensuite contre-productif que les citoyens les plus susceptibles d’être infectés soient les moins vaccinés.

D’où l’importance de tout faire pour réduire ces écarts.

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La bonne nouvelle est que les élus et les autorités de santé publique sont très conscients du problème. Et qu’ils agissent.

Cliniques éphémères de vaccination. Leaders religieux et radios communautaires mis à contribution. Camions-crieurs qui incitent à la vaccination dans plusieurs langues. Agents (ils sont un demi-millier, selon la Santé publique de Montréal !) qui cognent aux portes et diffusent des informations en 14 langues. Vaccination dans les abattoirs, les HLM, les lieux de culte.

Tout cela est excellent. Et ça fonctionne.

Mais c’est insuffisant puisque les écarts persistent.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

La semaine dernière, une clinique de vaccination éphémère a été ouverte dans les locaux de la mosquée Assuna Annabawiyah, dans Parc-Extension.

Dans Parc-Extension, par exemple, la clinique éphémère installée dans la mosquée Assuna Annabawiyah a généré une importante couverture médiatique la semaine dernière. Or, selon nos informations, on y a vacciné en tout… 465 personnes en trois jours.

Un pas dans la bonne direction, mais rien pour renverser une tendance.

Claire Trottier est professeure adjointe au département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill. Elle est aussi directrice de la Fondation familiale Trottier, qui finance plusieurs initiatives communautaires sur le terrain.

Selon elle, une trop grande proportion des doses sont dirigées vers les rendez-vous pouvant être pris par Clic Santé, au détriment des cliniques éphémères. Elle souligne qu’à Toronto, ces cliniques mobiles accueillent la moitié des doses disponibles.

« Il faut augmenter nettement le volume et la fréquence des cliniques éphémères en partenariat avec les communautés », dit-elle.

Sur le terrain, les organismes communautaires aimeraient aussi avoir des données fines, comme le taux de vaccination par code postal, afin de mieux cibler leurs efforts.

Au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, on affirme être sur le coup.

L’idée n’est pas de crier au scandale. Il est normal que la vaccination ne progresse pas exactement au même rythme partout et que certaines communautés mettent plus de temps à y adhérer. Mais on n’aime jamais voir des taux de vaccination qui suivent des lignes de fracture socio-économiques.

La vaccination est un train qui file à toute vapeur au Québec. On doit tendre toutes les mains possibles à ceux qui peinent ou hésitent à y monter.