Donner de l’air aux jeunes (et aux moins jeunes) sans souffler sur le feu des variants : c’est le grand défi que nous affrontons collectivement à ce moment charnière de la pandémie.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Les derniers sondages de l’INSPQ, qui datent de la fin de mars, ne montrent pas de fléchissement important de l’adhésion aux mesures sanitaires. Mais il serait imprudent d’ignorer les signes récents qui suggèrent un regain de mécontentement chez les Québécois.

Le grabuge dans le Vieux-Montréal est bien sûr complètement inacceptable, mais il pourrait n’être que la partie visible de l’iceberg.

Comment réagir ? Il n’y a évidemment pas de réponse simple. Ce qu’on a tous terriblement le goût de faire après un an de privations – des accolades à nos proches, des repas partagés, des fêtes entre amis – est encore trop dangereux.

C’est d’autant plus vrai que le contexte est extrêmement précaire. Ce mercredi, devant la hausse des hospitalisations, le CHU de Québec reprendra le délestage. C’est vraiment crève-cœur. L’Ontario essuie la tempête des variants de plein fouet, alors que les soins intensifs frôlent leur capacité maximale et que toutes les écoles sont fermées. L’heure n’est pas à la rigolade.

Mais tout cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas se voir. Et ça, on pourrait le dire clairement.

Les messages de santé publique diffusés depuis 13 mois sont fortement axés sur les interdictions. Il est interdit de recevoir des invités. Il est interdit de sortir de chez soi le soir. Il est interdit de se rendre au travail sauf en cas de nécessité absolue.

Il est normal et même essentiel de marteler ces règles. Mais ce qu’on dit moins, c’est qu’il existe aussi des façons de se rencontrer qui minimisent les risques et qui sont permises par la santé publique. Pour l’instant, on dirait qu’on a peur de le rappeler de crainte d’encourager l’indiscipline.

L’approche rappelle la vieille école dans la lutte contre d’autres maladies infectieuses : celles transmissibles sexuellement. Prôner l’abstinence semblait la stratégie la plus sécuritaire… jusqu’à ce qu’elle se bute au mur de la réalité. On a ensuite compris qu’il est préférable d’encourager les pratiques qui réduisent les risques.

Avec une maladie respiratoire comme la COVID-19, les masques et la distance de deux mètres sont les condoms qui nous permettent de tisser des liens sécuritaires avec les autres.

Aujourd’hui, même en zone rouge, il est permis de marcher avec un ami en portant un masque. Il est permis de former un grand cercle avec sept amis dans un parc, en conservant une distance de deux mètres. Il est permis de suivre un cours de yoga en petit groupe à l’extérieur, toujours avec le masque.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

« Aujourd’hui, même en zone rouge, il est permis de marcher avec un ami en portant un masque. Il est permis de former un grand cercle avec sept amis dans un parc, en conservant une distance de deux mètres. Il est permis de suivre un cours de yoga en petit groupe à l’extérieur, toujours avec le masque », écrit notre éditorialiste.

Ces permissions sont trop peu évoquées, mais aussi entourées de confusion, si bien qu’on ne sait plus trop ce qu’il est possible de faire. Un rappel clair serait le bienvenu – et aiderait certainement à franchir les 72 jours qui nous séparent du 24 juin, la date brandie mardi par François Legault comme celle d’un début de retour à la normale.

Insister sur ce qui est permis plutôt que seulement sur ce qui est interdit permettrait d’aller chercher tout l’oxygène disponible à l’intérieur du cadre des mesures actuelles.

Un cadre qu’il faut évidemment faire respecter – les policiers dans les parcs ne seront jamais trop nombreux.

Il faudra aussi en venir à s’interroger sur la mesure qui fait le plus mal à ces rencontres sécuritaires : le couvre-feu à 20 h. Il faut saluer la prudence du gouvernement devant la hausse des variants. Mais sauf dans les zones où la capacité hospitalière est directement menacée, il semble difficile de maintenir une mesure aussi stricte à long terme.

Le retour du beau temps est actuellement perçu comme une menace. On pourrait aussi dire qu’il facilite les rencontres sécuritaires. Dans le plus strict respect des règles.