Vous vous souvenez du fameux vendredi 13 mars 2020 ? Ce jour-là, François Legault annonçait la fermeture de toutes les écoles de la province. Le Parlement canadien suspendait ses travaux. Aux États-Unis, Donald Trump déclarait l’état d’urgence.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

L’Agence de la santé publique du Canada, pendant ce temps, considérait toujours le risque posé par la COVID-19 comme « faible ».

Ces gens sont censés réaliser la surveillance des épidémies – l’équivalent de la vigie, perchée dans le mât du navire, qui voit venir les dangers. Mais pendant que le branle-bas de combat gagnait le pont, la vigie, elle, n’avait toujours pas bronché.

Il a fallu attendre le 16 mars pour que le risque passe brusquement à « élevé ». La vigie signalait le danger posé par un iceberg… qui avait déjà éventré le navire.

La vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan, s’est dite « découragée » par le niveau de préparation de l’Agence de santé publique du Canada pour la COVID-19. Son rapport, publié la semaine dernière, est effectivement accablant.

Devant un échec aussi patent, il n’y a qu’une chose à faire : reconnaître qu’on s’est planté, s’excuser et travailler à ce que ça ne se reproduise plus jamais.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada

En point de presse, vendredi dernier, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a pourtant tenté de défendre l’indéfendable. À la mi-mars 2020, le nombre de cas au Canada était encore relativement bas, a-t-elle justifié. Il n’était donc « pas incorrect » de dire que le risque pour la population canadienne était faible.

La Dre Tam a reconnu dans la foulée que « la façon dont les agences de santé publique regardent le risque doit être davantage tournée vers le futur, vers la prévision ».

Misère ! Il est pourtant évident qu’on attend d’une agence de santé publique qu’elle voie plus loin que le bout de son nez et évalue les risques futurs afin qu’on puisse s’y préparer. Les mots « prévenir » et « se préparer » figurent d’ailleurs dans le mandat de l’agence fédérale à côté de « maladies infectieuses ». On n’envoie pas une vigie dans un mât pour regarder les vagues frapper le bateau, mais pour regarder au loin.

Un an après la pandémie, les commentaires de la Dre Tam soulèvent de sérieux doutes sur la capacité de l’Agence de la santé publique à faire l’important exercice d’introspection dont elle a besoin et à apporter les correctifs nécessaires.

La situation est d’autant plus ironique que juste avant la COVID-19, le Canada possédait l’un des meilleurs réseaux d’alerte au monde pour les pandémies. Il était si bon que l’Organisation mondiale de la santé le considérait comme la « fondation » du système international et que Google voulait l’acheter.

Mais une enquête du Globe and Mail a montré que sept mois avant l’apparition de la COVID-19 en Chine, ce joyau est devenu silencieux. S’opposant à ses propres scientifiques, l’Agence de la santé publique a jugé que les ressources seraient plus utiles ailleurs.

À Ottawa, l’opposition réclame maintenant de faire témoigner la Dre Tam et la ministre de la Santé, Patty Hajdu, devant un comité de la Chambre des communes. À la lumière du rapport de la vérificatrice générale et des explications peu convaincantes fournies jusqu’ici, on voit mal comment s’y opposer.

Des décisions lourdes de conséquences ont été prises. Des gens ont failli à remplir leur rôle. Il existe une telle chose que la responsabilité de ses actes et l’Agence de la santé publique du Canada nous doit des explications.

De meilleures prévisions auraient-elles permis de garnir plus tôt les réserves de masques ? En entrevue éditoriale, la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a admis que cela aurait facilité sa tâche.

Une alerte plus précoce aurait-elle permis d'annuler la semaine de relâche au Québec avant que ses citoyens ne rapportent le virus de partout dans le monde ? De mieux préparer nos hôpitaux ?

Sous peine d’être condamnés à répéter les mêmes erreurs, on se doit d’obtenir des réponses à ces questions.