Avez-vous remarqué la grogne qui monte à l’égard des nombreuses mesures qui sont encore imposées au Québec pour venir à bout de l’épidémie ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

On chiale parce que même si on a rouvert les cinémas, il faut garder son masque pendant le film et on nous prive de pop corn.

On chiale parce que les piscines des hôtels doivent rester fermées en zone rouge.

On chiale parce qu’on n’a pas rouvert les théâtres ni les jeux d’évasion et qu’on ne laisse pas les lieux de culte libres d’accueillir tous leurs fidèles.

On chiale parce que nos ados devront attendre encore un peu avant de pouvoir recommencer à pratiquer leurs sports d’équipe à l’intérieur.

On chiale parce que si on vient d’une zone rouge, on ne peut pas aller manger au resto en zone orange — et donc risquer d’y répandre le virus et ses variants.

On chiale même parce qu’on impose une quarantaine de trois jours à l’hôtel aux voyageurs qui reviennent de voyage (on a la mémoire courte, à ce sujet, puisqu’en début d’année on chialait parce que les voyageurs n’étaient pas assez surveillés à leur retour).

Ça reflète notamment le fait que les inquiétudes à l’égard du virus diminuent. Tant mieux si la situation est moins anxiogène.

Mais ce désir de retour à la normale est tout aussi compréhensible que… préoccupant.

Convenons-en, on peut réclamer des explications plus claires, de la part de Québec, quant à la nécessité et à l’application de certaines mesures.

Mais reconnaissons aussi que si nos dirigeants cèdent sous la pression, s’ils donnent le feu vert à toutes les possibilités de rassemblements à l’intérieur qui sont souhaitées, on risque fort d’en payer le prix dans quelques semaines.

Les experts en santé publique recommandent d’ailleurs de continuer de faire preuve d’une grande prudence.

À la fois parce qu’on est en pleine semaine de relâche et parce que les variants prennent de plus en plus de place au Québec.

Souvenons-nous que les derniers longs congés (la semaine de relâche l’an dernier et le récent congé des Fêtes) ont permis à l’épidémie de reprendre de la vigueur. Ce sont des moments où les bulles familiales éclatent souvent et où les rassemblements à l’intérieur sont plus courants.

Quant aux variants, leur propagation ici — le nombre de cas confirmés par séquençage et par criblage est en hausse constante — commence à tracasser les spécialistes.

Et les ravages dont ils sont responsables ailleurs (une flambée dans certaines régions de France ces jours-ci, par exemple) nous invitent à ne pas baisser la garde. Un virus plus contagieux pourrait se traduire prochainement par davantage d’hospitalisations, même si la vaccination progresse rapidement.

Parlons-en, d’ailleurs, de la vaccination. C’est aussi en partie à cause de son succès que nous avons tendance à faire preuve d’une plus grande désinvolture face à la COVID-19.

On a des vaccins qui fonctionnent bien et on peut enfin en administrer une quantité appréciable chaque jour. On annonçait hier qu’à Montréal et Laval, les personnes de 70 ans et plus vont pouvoir être vaccinées.

Ajoutez à ça le fait que le nombre de cas continue lentement, mais sûrement, de chuter. C’est rassurant, ça aussi.

Bref, la situation s’améliore de façon indiscutable. Il est tentant d’imaginer que la crise est terminée. Mais non.

Rappel utile : il n’y a que 4,5 % des Québécois qui ont été vaccinés. Et on doit attendre deux ou trois semaines après l’injection pour être protégé.

C’est loin d’être fini. Une troisième vague demeure possible.

En Ontario, le gouvernement a repoussé la semaine de relâche. Ici, le gouvernement nous a plutôt permis un certain relâchement. Mais l’humain est ainsi fait que vous lui donnez un doigt et il sera tenté de prendre un bras.

On met le pied dans la porte et ça nous donne le goût de l’ouvrir au grand complet.

On aurait pourtant tout avantage à résister, pour tout de suite, à cette envie qui nous démange.