On comprend que tout ne va pas changer du jour au lendemain dans notre relation avec les États-Unis.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

On comprend aussi que la nouvelle administration à Washington ne répondra pas oui à chaque demande d’Ottawa (une des premières décisions prises dans le cadre d’un dossier bilatéral a d’ailleurs été de dire non à l’expansion de l’oléoduc Keystone XL).

On comprend enfin que le goût du protectionnisme ne s’est pas évaporé, ni chez les dirigeants américains ni chez leurs électeurs.

On comprend tout ça… mais on ne peut s’empêcher de pousser un grand soupir de soulagement à l’issue de la première rencontre entre Joe Biden et Justin Trudeau.

Entendre le président américain faire l’éloge de la relation entre nos deux pays, c’était en quelque sorte l’équivalent de se retrouver au beau milieu d’une oasis au terme d’une traversée du désert de quatre longues années.

Ce moment de détente vous est offert par Joe Biden.

Écoutez…

« Les États-Unis n’ont pas d’ami plus proche que le Canada. »

« Nos canaux de communication sont grands ouverts. »

Nous ne sommes jamais « mieux servis que lorsque les États-Unis et le Canada travaillent ensemble ».

Oh que ça fait du bien d’entendre ça.

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La mémoire est une faculté qui oublie. C’est pourquoi il est important, pour mieux apprécier et analyser la nouvelle donne, de se souvenir de l’ancien régime.

La relation canado-américaine avait été transformée en champ de mines par Donald Trump. Il aura fallu ramer contre vents et marées pour l’empêcher de torpiller l’Accord de libre-échange nord-américain.

On devait constamment se méfier de notre plus grand allié et partenaire commercial, de crainte de voir surgir de nouveaux tarifs. Ou de faire face à de nouvelles menaces. Ou encore de devoir réfuter des mensonges à notre sujet.

Quant aux évènements où le président américain et le premier ministre canadien se rencontraient, ils se transformaient toujours en moments angoissants.

Avec Donald Trump, même les poignées de main étaient à la source de tensions. Allait-il tenter de vous faire perdre pied ou vous broyer les doigts ? Quelle niaiserie puérile, quand on y repense !

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La rencontre bilatérale de Joe Biden avec Justin Trudeau était la première organisée par le président américain depuis sa prestation de serment. Il l’a d’ailleurs souligné.

Ça ne relève pas du domaine de l’anecdote. C’est significatif. Tout comme l’était le choix de la première destination de Donald Trump en 2017 : l’Arabie saoudite.

On ne se bercera pas d’illusions, bien sûr. La relation canado-américaine ne deviendra pas un long fleuve tranquille.

« L’Amérique d’abord » était le slogan de Donald Trump, mais Joe Biden s’en inspire déjà. La crise économique actuelle va d’autant plus le pousser à privilégier les intérêts des États-Unis en matière de commerce.

On a donc tout avantage à savourer pleinement la lune de miel actuelle. Le moment de détente ne sera pas éternel.

On a cependant compris que Joe Biden, contrairement à son prédécesseur, veut aussi renforcer les alliances de son pays. Que le multilatéralisme est, à ses yeux, fondamental. Que les démocraties, selon lui, doivent se serrer les coudes – notons en ce sens son appel, important, à la libération des deux Canadiens détenus en Chine.

Dans ce contexte, le Canada est un précieux allié.

À nous, donc, de jouer habilement nos cartes au cours des prochaines années.

De poursuivre l’offensive diplomatique d’envergure qui a été déployée sous Trump à travers tous nos réseaux, incluant ceux du monde des affaires.

De convaincre Washington que le Canada fait partie des solutions aux problèmes américains (notamment dans le dossier des changements climatiques, cher à Joe Biden, qui a été un des principaux sujets abordés lors la rencontre bilatérale et qui va mener à un sommet interministériel à ce sujet).

Ne soyons pas naïfs, ça va demeurer un défi de taille.

Mais trouver des moyens de faire comprendre à l’administration américaine que ses intérêts passent aussi par une saine relation commerciale avec le Canada s’annonce plus facile avec Joe Biden à la Maison-Blanche.