Elle est troublante, la question de notre participation aux Jeux olympiques l’an prochain.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Un boycottage, la chose est entendue, serait l’équivalent d’un coup d’épée dans l’eau.

Dans l’absolu, ce que Pékin fait subir à la minorité ouïghoure, son attitude quant aux droits de la personne et son comportement à l’égard du Canada – à commencer par la détention arbitraire de deux de nos citoyens – devraient pousser le monde entier à dire non à la Chine.

Mais ça n’arrivera pas.

Le Canada ferait probablement cavalier seul. Et la décision serait lourde de conséquences.

Nos athlètes seraient pénalisés et la relation avec Pékin serait endommagée à un point tel que les dégâts pourraient être irrémédiables. La Chine a d’ailleurs fait savoir qu’elle « ripostera avec acharnement » contre ceux qui oseraient boycotter l’évènement.

Tant le Comité olympique canadien que le Comité paralympique canadien s’opposent à une telle manœuvre. Ils ont rappelé que les boycottages des Jeux de Moscou et de Los Angeles, dans les années 80, n’avaient absolument rien donné.

Les partis de l’opposition à Ottawa non plus ne voient pas cette idée d’un bon œil.

Ils viennent toutefois de proposer un plan B à Justin Trudeau.

Pourquoi ne pas tenter de retirer les Jeux olympiques à la Chine ?

L’idée est de faire pression sur le Comité international olympique (CIO) pour qu’il force la Chine à mettre fin à la répression des Ouïghours.

Sinon, les Jeux auraient lieu ailleurs.

« Je pense que les Canadiens conviendront que cela violerait les principes éthiques fondamentaux de participer à des Jeux olympiques organisés par un pays qui commet un génocide contre une partie de sa population », a déclaré le chef conservateur Erin O’Toole cette semaine.

Il a raison.

Il n’y a même pas là de dilemme moral.

Dans les circonstances, on voudrait que les Jeux se déroulent ailleurs qu’en Chine.

Mais ça n’arrivera pas, ça non plus.

Notre rapport de force avec la Chine et le Comité international olympique est tel qu’à moins d’un mouvement structuré incluant de nombreux pays, la demande va rester lettre morte.

Même ceux qui réclament le déménagement des JO – un groupe qui comprend les partis de l’opposition au Canada, des groupes de défense des droits de la personne et des athlètes – se doutent bien que le sort en est jeté.

« Les plus grands commanditaires du CIO, en ce moment, sont des entreprises chinoises comme Alibaba, entre autres. Alors, en partant, money talks », a confié, lucide, l’ancien athlète olympique médaillé d’or Jean-Luc Brassard à notre journaliste Mélanie Marquis il y a deux semaines.

Le CIO a octroyé les Jeux à la Chine, et à l’époque, les droits de la personne, ce n’était pas mieux, et il l’a fait pareil. Et il y a des contrats qui ont été signés, alors à la limite, la Chine pourrait revenir contre le CIO.

Jean-Luc Brassard, ancien athlète olympique

N’oublions pas non plus que nous sommes à un an des Jeux et qu’on n’a pas de solution de rechange.

Et ajoutez à cela le fait que le gouvernement canadien aurait beaucoup à perdre, face à un géant déjà en colère, à se lancer dans une telle croisade.

À moins que certains poids lourds, à commencer par les États-Unis, n’ouvrent le bal.

Mais ça n’arrivera pas, ça non plus. Joe Biden a bien d’autres combats à mener avant celui-là.

Il faudra donc protester en mode mineur l’an prochain.

Voir nos athlètes remporter des médailles alors que les deux Michael (Kovrig et Spavor) vont continuer de croupir en prison sera profondément dérangeant.

Nos athlètes vont participer aux Jeux, mais le premier ministre, lui, n’a pas à se rendre en Chine.

On devra aussi trouver d’autres façons, pendant les Jeux, de critiquer Pékin.

Parallèlement, le problème qu’il faudra prendre à bras le corps, à moyen terme, c’est celui du CIO. Loin d’être un modèle d’intégrité, il joue ses cartes de façon telle que des dirigeants autocrates se bousculent pour obtenir les Jeux, redorer leur blason et accroître leur légitimité.

L’évènement devient pour eux une opération de propagande. Et cette récupération politique est encouragée par le CIO, ravi qu’on donne le feu vert à ses demandes pharaoniques.

La situation est odieuse. Et intolérable.

Si la tendance se maintient, finira-t-on par organiser des Jeux olympiques d’hiver en Corée du Nord et d’été en Arabie saoudite (sachant que la Coupe du monde de soccer, d’ailleurs, aura lieu l’an prochain au Qatar) ?

Il serait temps d’arrêter de discréditer les idéaux olympiques.