C’est un curieux aveu d’échec que fait le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, à propos de la création de places en centres de la petite enfance (CPE).

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« Les Québécois qui attendent une place pour leurs enfants le voient, que le système ne fonctionne pas. Les gens qui sont dans le réseau et qui développent le voient, que le réseau est brisé », nous a-t-il dit en entrevue éditoriale.

Pour la lucidité, c’est réussi. Il faut dire que les chiffres sont implacables. Il aurait été difficile de se cacher.

PHOTO SIMON SÉGUIN-BERTRAND, ARCHIVES LE DROIT

Mathieu Lacombe, ministre de la Famille

Il y a deux ans presque jour pour jour, le ministre Lacombe annonçait la création de 15 000 places dans le réseau des CPE.

Ce sera livré « d’ici deux ans top chrono », avait-il promis.

Deux ans plus tard, seulement 2022 places ont été créées. Le ministère de la Famille dit avoir bon espoir d’en ouvrir 8000 autres d’ici le 31 mars… 2022. Bref, par rapport aux promesses, même le scénario optimiste entre dans la catégorie « trop peu, trop tard ».

Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de familles qui se demandent pourquoi elles paient des impôts, mais ne peuvent déposer la puce et le fiston chaque matin dans un milieu rassurant et stimulant.

C’est d’autant plus vrai que le nombre de garderies familiales, qui était déjà en déclin, a fortement chuté l’an dernier. Les risques entraînés par la COVID-19 et les mesures nécessaires pour les contrer ont de toute évidence découragé bon nombre de femmes (ce sont presque toutes des femmes) à continuer d’accueillir des enfants à domicile.

Résultat : le nombre d’enfants qui attendent une place en garderie atteint maintenant 51 000 à « La Place 0-5 », ce guichet unique qui donne trop souvent l’impression aux parents d’adresser une prière au ciel en espérant recevoir un jour une réponse. Ces parents sont 28 % plus nombreux qu’il y a trois ans.

Bref, ça prend des places et ça presse.

Le constat d’échec du ministre Lacombe à les créer rapidement est donc honnête. Mais il est aussi bien curieux. Le ministre, après tout, c’est lui ! C’est sa responsabilité d’ouvrir les places annoncées. Il a bien tenté de faciliter le financement des projets et d’imposer des délais, mais c’est visiblement insuffisant.

Lorsqu’on l’interroge sur les raisons des blocages, le ministre admet que la bureaucratie est trop lourde au Ministère. Mais il dit aussi préparer un « remède de cheval ». Il évoque des consultations publiques. Un projet de loi. Même un « livre blanc » sur les services de garde.

Entendons-nous. Vingt-cinq ans après la création du réseau des CPE, il est tout à fait légitime de réfléchir à notre système de garderies. Sauf qu’ouvrir des places en CPE ne demande pas non plus de refaire le monde.

À la création du réseau, en 1997, on en créait de 8000 à 9000 chaque année. Où est passé ce savoir-faire ?

À l’Association québécoise des centres de la petite enfance, on évoque les plans de construction sans cesse revus par le ministère, les normes pointilleuses, les délais d’approbation. Bien des choses que le ministre peut (et aurait dû) changer sans passer par le parlement.

« C’est la maison des fous d’Astérix », dit sa directrice générale, Geneviève Bélisle, selon qui le ministre « peut agir demain matin ».

Après le désintérêt avoué des libéraux pour les CPE, il est rafraîchissant d’entendre le ministre Lacombe dire qu’il croit à ce réseau et qu’il veut le bonifier. Et tant mieux s’il lance de grandes réflexions et des livres blancs.

Mais en attendant, Mathieu Lacombe a un ménage à faire dans sa propre cour et il n’a personne à attendre pour s’y mettre. Les enfants sont en file et trépignent d’impatience. Leurs parents aussi.