Si vous avez bien compris Justin Trudeau, il est en train de nous dire : à la prochaine fois.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Ceux qui rêvaient de voir des vaccins made in Canada arriver comme la cavalerie pour régler nos problèmes immédiats peuvent revenir à la réalité. Ce sera pour la prochaine pandémie.

M. Trudeau a bien annoncé cette semaine que des vaccins contre la COVID-19 seront fabriqués à Montréal, dans les installations du Centre national de recherches du Canada (CNRC). Mais si tout va bien (et c’est un gros si), ils n’arriveront qu’à la fin de l’année.

Ce sera certainement utile pour mettre à jour les vaccins contre la COVID-19 si cela s’avère nécessaire. Mais c’est trop peu, trop tard pour la crise actuelle.

Ce n’est pas terriblement étonnant. Penser qu’on pouvait rattraper des décennies d’inaction et bâtir une capacité locale de fabrication en quelques mois comptait une bonne part d’utopie.

Rappelons d’abord qu’aucune usine au Canada n’a la capacité de fabriquer les deux seuls vaccins actuellement approuvés au pays, ceux de Pfizer et de Moderna, parce qu’ils sont basés sur une technologie nouvelle.

Les vaccins plus simples ? Le fédéral a bien cogné aux portes des quelques usines de vaccins canadiennes. Mais des enjeux technologiques et de propriété intellectuelle sont apparus. Il n’est jamais simple pour une entreprise de laisser tomber sa propre production pour fabriquer le vaccin du concurrent si on ne l’y oblige pas…

PHOTO UESLEI MARCELINO, REUTERS

« Ceux qui rêvaient de voir des vaccins made in Canada arriver comme la cavalerie pour régler nos problèmes immédiats peuvent revenir à la réalité. Ce sera pour la prochaine pandémie », écrit notre éditorialiste.

À Montréal, l’entreprise PnuVax dit pouvoir sauter dans la mêlée. Mais au gouvernement, ceux qui ont analysé le dossier n’ont pas été convaincus qu’elle a les moyens de ses prétentions.

Il reste les installations du CNRC à Montréal. Au printemps, on nous promettait une capacité de fabrication de 250 000 doses par mois dès novembre 2020. C’est peu, mais ça aurait déjà été ça de pris. Cette capacité aurait pu être déployée pour fabriquer le vaccin de Novavax plus rapidement s’il est approuvé par Santé Canada.

Malheureusement, on a finalement préféré bâtir une nouvelle usine permanente plutôt qu’une installation temporaire capable de répondre rapidement à la crise. Cette décision est discutable.

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En fin de compte, on constate toutefois que le problème du Canada n’est pas tant d’avoir échoué à répondre en temps de crise que de ne pas s’y être préparé. Un évènement l’illustre à merveille.

En 2009, une petite entreprise de Québec, Medicago, parvient à produire un vaccin expérimental contre la grippe H1N1 en moins de quatre semaines. Ce coup d’éclat attire l’attention de l’armée américaine, qui lui verse 21 millions US pour fabriquer une usine en Caroline du Nord.

Les États-Unis jugeaient alors crucial de se doter d’une capacité de fabrication de vaccin. Le Canada, lui, a regardé passer le train. C’est ce manque de vision que nous payons maintenant si cher.

On peut espérer que ce sera différent lors de la prochaine pandémie. Medicago construit actuellement une usine de vaccins de taille mondiale à Québec. Les installations du CNRC à Montréal sont en chantier. Le fédéral a annoncé des investissements dans des usines de vaccins à Saskatoon et à Vancouver.

Mais la brique et le mortier ne sont qu’une partie du plan. Une usine ne sert à rien si elle ne dispose pas des permissions de fabriquer un vaccin ni de la recette pour le faire. C’est donc tout le régime de protection des brevets en temps de crise qui devra être revu.

Ottawa s’oppose actuellement à tout changement en ce sens. Convenons que ce n’est peut-être pas le moment idéal pour se mettre les entreprises pharmaceutiques à dos. Mais cette discussion devra venir.

Le Canada apprend à la dure qu’en période trouble, on ne peut compter que sur soi-même. D’où l’importance de devenir maîtres chez nous quand des vies en dépendent.