Le télétravail tuera-t-il Montréal ? Au moment où le centre-ville évoque Val-Jalbert et où l’exode des familles s’accélère vers les banlieues, il est facile de le penser.

Publié le 31 janv. 2021
Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Mais ceux qui ont déjà enterré la métropole sont un peu vites en affaires. Montréal fait face à des défis, c’est vrai. Mais on oublie que des occasions à saisir se dessinent aussi à l’horizon.

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Le dernier bilan des mouvements de population au Québec contient des inquiétudes pour la métropole.

L’exode des familles en quête de pelouses et de maisons abordables est une vieille bête noire de Montréal qui est exacerbé par la pandémie. Le télétravail a fait fondre les incitatifs à vivre près du bureau. Et avec le confinement, de nombreux citoyens rêvent d’une cour et d’une pièce ou deux supplémentaires pour y travailler.

Résultat : Montréal a perdu près de 36 000 résidants au profit des autres régions en 2019-2020, le pire bilan depuis que les chiffres sont compilés.

Et puisque les statistiques vont de juillet 2019 à juillet 2020, ce pourrait n’être que la pointe de l’iceberg.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Construction de tours résidentielles dans Griffintown

Précisons toutefois que Montréal ne se « vide » pas. Les migrations interrégionales sont toujours compensées par l’immigration internationale et la croissance naturelle de la population. L’an dernier, malgré la pandémie, les mises en chantier résidentielles ont progressé sur l’île. Et les prix élevés de l’immobilier, s’ils représentent un obstacle pour plusieurs, sont quand même un signe de vigueur.

Affirmer que personne ne veut vivre à Montréal à cause du prix des maisons, c’est un peu comme le joueur de baseball Yogi Berra qui parlait d’un restaurant en disant que « personne ne va là, il y a trop de monde ».

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Le problème est donc largement circonscrit aux familles, une situation qui touche de nombreuses grandes villes. Pourquoi s’en préoccuper ? Les gens, après tout, sont libres de s’installer où bon leur semble.

La première réponse est environnementale. La banlieue n’est plus seulement Boucherville et Terrebonne, mais aussi Saint-Lin-Laurentides et Saint-Colomban. Or, développer ces nouveaux territoires implique souvent de gruger les forêts et les terres agricoles et de construire de coûteuses infrastructures (routes, usines d’épuration). Et plus on est loin, plus la dépendance à la voiture est forte.

La deuxième concerne la vitalité de Montréal.

Il n’est pas souhaitable que la métropole devienne l’apanage des jeunes professionnels sans enfants et un simple lieu de transit pour les immigrants.

L’absence de mixité sociale conduit à des clivages. Et les familles qui souhaitent épouser un mode de vie où on peut faire ses courses à pied et aller travailler en métro doivent trouver leur compte en ville.

On ne peut reprocher à Valérie Plante d’avoir négligé ces enjeux. Sa mesure phare, soit exiger 20 % de logements sociaux, 20 % de logements abordables et 20 % de logements familiaux dans les projets immobiliers, a été adoptée la semaine dernière. Elle est encore contestée, plusieurs craignant qu’elle ne fasse ironiquement grimper les prix de l’immobilier. C’est à la longue qu’on verra si elle vise juste.

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L’horizon ? En regardant comme il faut, il n’est pas si noir.

La pandémie finira par finir, libérant du joug des mesures sanitaires des citoyens qui n’auront jamais eu autant le goût de manger au resto, de prendre un verre après le boulot, d’aller au théâtre, de faire la fête.

Le nouveau secteur des Faubourgs s’articule autour de l’ancienne usine Molson. Il est permis d’espérer que les erreurs de Griffintown seront évitées et qu’on y trouvera des écoles et des logements pour les familles, avec un accès au fleuve en prime.

Après des décennies d’immobilisme, les transports en commun redémarrent en grand. Le REM et le prolongement de la ligne bleue connecteront de nouveaux quartiers, offrant l’occasion de bâtir des milieux de vie à la fois denses et agréables autour des nouvelles stations.

Montréal affronte un vent de face, mais attendons un peu avant de l’enterrer. La ville, après tout, en a vu d’autres.

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