Au beau milieu de sa première campagne présidentielle, Donald Trump s’était vanté de la loyauté inconditionnelle de ses partisans à l’aide d’une métaphore délirante dont lui seul a le secret.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

« Je pourrais m’installer au milieu de la 5e Avenue à New York, tirer sur quelqu’un et je ne perdrais pas un seul électeur ! », avait-il lancé.

Sa déclaration prend aujourd’hui des allures de prophétie.

À près d’une semaine du début du deuxième procès en destitution de l’ancien président, on sait d’ores et déjà que le Sénat va l’innocenter.

Car 45 sénateurs républicains (sur 50) ont voté, le mardi 26 janvier, en faveur d’une motion visant à bloquer le procès sous prétexte qu’il était anticonstitutionnel.

Comme le faisait remarquer sur Twitter un ancien secrétaire adjoint au Travail de Barack Obama, Chris Lu, « plus de 400 insurgés sont sous enquête, certains feront face à des accusations de sédition, 140 policiers ont été blessés [...] et pourtant la personne qui a allumé le feu, versé de l’essence dessus et attisé les flammes pourrait s’en tirer indemne ».

C’est une insulte à l’intelligence… et un très mauvais présage pour l’avenir du Parti républicain.

Ça signifie que la formation politique n’a tiré aucune leçon du dérapage incontrôlé dont elle a été responsable depuis quatre ans. Ni de l’insurrection du 6 janvier au Capitole.

C’est de mauvais augure, aussi, pour l’avenir du pays au grand complet.

Si Trump n’est pas blâmé par le Congrès américain pour le rôle qu’il a joué dans l’insurrection, ça signifie que tout est permis !

Même une insurrection !

Tout ça parce qu’à peu près personne chez les républicains n’ose tracer de ligne rouge.

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« Ce refus de sanctionner des comportements intolérables ne concerne pas seulement Donald Trump. Il vaut aussi pour certains des partisans les plus cinglés de l’ancien président », écrit notre éditorialiste.

Dans les circonstances, alors que le gouvernement américain vient d’émettre un bulletin d’alerte antiterroriste face au risque de nouvelles violences par des « extrémistes », c’est particulièrement troublant.

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Ce refus de sanctionner des comportements intolérables ne concerne pas seulement Donald Trump. Il vaut aussi pour certains des partisans les plus cinglés de l’ancien président.

Cette semaine, les médias ont fouillé dans les placards de Marjorie Taylor Greene, membre de la Chambre des représentants, pour examiner les squelettes qui s’y trouvent.

Ce n’était pas beau à voir…

On a notamment appris qu’elle avait déjà « aimé » une publication Facebook où on suggérait de tirer « une balle dans la tête » de la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Qu’elle avait, aussi, harcelé un jeune survivant de la tuerie de Parkland (17 morts dans une école en Floride).

Qu’elle avait, au sujet de la tuerie de Las Vegas (55 morts), laissé entendre qu’elle avait été orchestrée par des partisans du contrôle des armes à feu.

PHOTO ERIN SCOTT, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Marjorie Taylor Greene, élue républicaine à la Chambre des représentants

Marjorie Taylor Greene, faut-il le rappeler, est une adepte du mouvement QAnon, convaincue que le monde est à la merci d’une « cabale mondiale de pédophiles satanistes ».

Une telle énerguème, le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, l’aurait foutue à la porte de son parti sans crier gare ! Les républicains, eux, viennent de la nommer à la commission de l’Éducation de la Chambre des représentants.

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Lorsque le grand cirque Trump s’est envolé vers la Floride, on a brièvement vu s’esquisser une lutte entre diverses factions au sein du Parti républicain.

Dix jours plus tard, le combat est presque déjà terminé.

Les insurgés ont pris le dessus, soutenus dans leur croisade par certains des plus puissants membres de l’empire républicain, dont de richissimes donateurs, des médias, des instituts de recherches etc.

Le freak show ne va pas s’arrêter.

« Ceux qui mettent tous leurs espoirs dans le départ de Trump oublient qu’après Caligula est venu Néron et trois siècles d’inexorable désintégration », avait déclaré Denys Arcand en 2018, en annonçant que le film qu’il était en train d’achever à l’époque s’intitulerait La chute de l’empire américain.

D’autres, comme l’essayiste Mathieu Bélisle, estiment plutôt que le pays ne serait pas en déclin, mais en pleine métamorphose. En train de « renforcer son emprise sur le monde » à l’aide de ses « capacités de distribution et de communication » et de ses « plateformes de commerce et de diffusion ».

C’est ce qu’il affirme dans son livre L’empire invisible, publié l’an dernier.

On ne tranchera pas le débat ici, mais on soulignera que nos voisins sont en train de l’alimenter.

Ils sont aussi en train de nourrir les craintes de ceux qui s’inquiètent du sort du pays de l’oncle Sam.

Car en ce début de millénaire, impuissants et dans le doute quant à ce que ça pourrait signifier pour notre propre avenir, nous voyons le Parti républicain poursuivre sa radicalisation avec entêtement.