Des juifs hassidiques qui chargent des policiers et les traitent de « nazis ». Une stupéfiante confusion de la part des autorités sur le détail des règles à respecter. Et le malheureux déferlement de commentaires antisémites qui s’ensuit.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Le week-end dernier a donné lieu à des évènements déplorables autour de certains lieux de culte de la communauté juive hassidique de Montréal.

Quel gâchis !

La seule chose qu’on puisse maintenant souhaiter est qu’on finisse par communiquer des règles claires et que tout le monde s’engage à les respecter, y compris les rabbins des communautés hassidiques.

Les risques que de tels épisodes brisent des relations déjà fragiles sont malheureusement bien réels, ce qui nuirait encore plus à la compréhension et au respect des risques sanitaires et contribuerait à accentuer la stigmatisation.

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Analysons d’abord le comportement des autorités. Jeudi dernier, un arrêté ministériel a autorisé un « maximum de 10 personnes [dans] l’assistance d’un lieu de culte ».

Ces lieux étaient alors fermés depuis l’imposition du couvre-feu, le 9 janvier.

On peut s’interroger sur le besoin d’autoriser des rassemblements en plein milieu de la période de confinement de 30 jours. Changer les règles la veille du début du Shabbat chez les juifs était encore plus risqué, surtout avec un tel manque de clarté.

Parce qu’un hic majeur est venu dans l’interprétation de la consigne. La limite de dix personnes s’appliquait-elle à l’ensemble d’une synagogue ou à chacune de ses salles indépendantes possédant son entrée extérieure ? Pendant la pandémie, des méthodes de calcul différentes ont été utilisées pour les cérémonies et les funérailles.

Samedi soir, alors que la police travaillait depuis la veille à démanteler des rassemblements dans Outremont et sur le Plateau Mont-Royal, la Direction de la santé publique de Montréal a envoyé un message aux groupes religieux précisant que la limite s’appliquait au lieu de culte entier.

Dimanche, volte-face : on demandait aux rabbins de compter selon les salles distinctes.

Puis, lundi, autre volte-face : on s’excusait et on revenait à la première définition.

De toute évidence, Québec et Montréal ont mal accordé leurs violons et ont nagé en pleine improvisation. Alors qu’on savait pertinemment qu’on gérait des enjeux délicats et que les communications sont difficiles avec la communauté hassidique, une telle confusion dans le message est inexplicable.

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Ceci étant dit, la confusion dans les règles n’excuse en rien les voies de fait contre les policiers, les invectives et certains rassemblements qui, peu importe la façon de compter, étaient clairement illégaux.

Cessons de tourner autour du pot. Depuis le début de la pandémie, le respect des règles sanitaires est difficile chez certaines communautés juives ultraorthodoxes.

Dès le printemps, des mariages et des évènements ont semé l’inquiétude. Il y a eu ce rassemblement de plus de 1000 personnes dans la communauté Kiryas Tosh, à Boisbriand, l’automne dernier. Certaines écoles juives ont soulevé la controverse parce qu’elles sont restées ouvertes pendant la pause des Fêtes, alors que toutes les autres étaient en fermeture forcée.

Ces défis ne sont pas propres au Québec. On les observe aussi en Israël, à New York, à Londres. Et ceux qui peuvent bâtir des ponts avec les leaders religieux sont rares.

« C’est une situation extrêmement difficile pour la communauté juive, d’autant plus que nous n’avons absolument aucune influence sur ces communautés », nous a par exemple dit David Ouellette, du Centre consultatif des relations juives et israéliennes.

Certains leaders religieux doivent impérativement rétablir l’ordre parmi leurs fidèles les plus enflammés et faire appliquer sur le terrain les engagements qu’ils prennent. Les lois s’appliquent à tous, peu importe la religion.

Ne reste qu’à espérer que tout le monde parviendra à prendre une grande respiration et à oublier ce week-end disgracieux.