On a appris récemment que 2020 n’a pas seulement été une année à oublier, elle fut aussi la plus chaude jamais enregistrée.

Publié le 24 janv. 2021
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Bon, techniquement, il y a égalité avec 2016. Mais cette année-là, El Niño s’était manifesté et avait contribué à la hausse de la température.

Ce qui n’était pas le cas en 2020.

Record absolu, donc.

Surpris ?

Probablement pas.

Les efforts pour lutter contre les changements climatiques ont été d’une telle médiocrité au cours des dernières décennies que nous voici au pied du mur.

Soyons honnêtes, on a agi comme si on avait essayé, pendant tout ce temps, d’éteindre l’enfer avec une tasse d’eau.

« Nous ne sommes toujours pas sur la bonne voie », a indiqué le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, le mois dernier. Les engagements n’étaient pas suffisants, a-t-il précisé dans le cadre d’un sommet – virtuel – cinq ans après l’Accord de Paris.

PHOTO JOSH EDELSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Incendie de forêt à Napa, en Californie, en août 2020

On croirait, encore une fois, entendre un disque rayé…

Mais si ça changeait en 2021 ?

Si les gouvernements d’un bout à l’autre de la planète étaient enfin sur le point d’agir de façon décisive ?

« Le monde pourrait marquer un tournant » cette année, a prédit l’hebdomadaire The Economist. La BBC a évoqué la même possibilité.

> Pour lire l’article de la BBC (en anglais) 

C’est peut-être un excès de naïveté, mais le fait est qu’il y a plusieurs raisons d’espérer.

Premièrement, l’arrivée de Joe Biden à la tête des États-Unis va changer la donne.

La première puissance mondiale a été dirigée pendant quatre ans par un climatonégationniste. Le président démocrate est, là-dessus comme sur beaucoup d’autres choses, aux antipodes de son prédécesseur.

Il a déjà signifié son intention de réintégrer l’accord de Paris. Et ce n’est que le début…

Il propose un plan vert assorti d’investissements colossaux, de l’ordre de 2000 milliards de dollars américains.

Si Joe Biden est en mesure de respecter ses promesses, le leadership américain pourrait changer la dynamique sur la scène internationale. Y compris au Canada, où les gouvernements ont gaspillé depuis trop longtemps le précieux temps que nous avions pour poser des gestes substantiels.

> Pour consulter le plan de Joe Biden (en anglais)

Un premier exemple est qu’en freinant l’expansion de l’oléoduc Keystone XL, Joe Biden vient de contribuer de belle façon au plan vert du gouvernement Trudeau. N’en déplaise au premier ministre albertain Jason Kenney.

Mais le changement à la Maison-Blanche n’est pas la seule raison de rêver mieux en 2021.

Parmi les autres conditions gagnantes, notons la publication des plus récentes données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ainsi que la tenue de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, en novembre (en Écosse).

Ce sera la première depuis celle de Paris, en 2015. C’est le genre d’évènement mobilisateur qui, de concert avec les travaux du GIEC, devrait pousser chacun des pays à renforcer ses engagements. Plusieurs ont d’ailleurs déjà commencé à le faire en prévision de l’évènement.

Enfin, la pandémie a changé la donne, c’est incontestable. D’abord en montrant que nos sociétés peuvent réduire leurs émissions de façon substantielle du jour au lendemain. Ensuite parce qu’il est fort possible qu’au sortir de cette crise, on en aura tiré d’importantes leçons.

Si une machine à remonter dans le temps existait et nous permettait de revenir un an avant l’apparition de la COVID-19, pensez à toutes les décisions qu’on prendrait rapidement (achat massif de masques, embauche de personnel dans les CHSLD, etc.) pour mieux faire face à la crise.

Avec les changements climatiques, même sans machine à remonter dans le temps, on peut encore agir de façon décisive dans le but de prévenir, et pas seulement de guérir.

D’ailleurs, comme nous a fait remarquer l’écologiste David Suzuki lors d’une entrevue à ce sujet, les gouvernements viennent de prouver qu’ils peuvent mobiliser des moyens inédits face à une crise.

« Ça signifie que si le gouvernement [canadien] veut quelque chose à tout prix, il peut trouver les sommes nécessaires », dit-il.

Cela dit, à savoir si 2021 sera l’année du changement, il fait pour sa part preuve de scepticisme.

« C’est ce qu’on disait de 2020 aussi… », réplique le militant de 84 ans, qui continue d’insister sur l’urgence d’agir et vient de produire une série de balados sur l’avenir de notre planète.

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement fondamental de la façon dont nous concevons le monde », lance-t-il.

Cesser de mettre « l’économie » au cœur de cette vision et de la faire passer avant le sort de l’atmosphère.

Et réaliser que notre mode de vie est actuellement possible parce qu’on utilise « le capital biologique qui constitue le fondement de l’avenir de nos enfants ».

Vaste programme ?

Assurément.

Mais comment penser qu’on pourra autrement limiter la hausse de la température de la terre à 1,5 ou à 2 degrés et, par conséquent, l’ampleur du désastre annoncé ?

Il faudra un jour cesser de penser que des demi-mesures suffiront pour éteindre les feux que nous avons allumés avec autant d’enthousiasme que d’insouciance.

> Pour écouter les balados de David Suzuki (en anglais)

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