Bien sûr que ce qui vient de se passer chez nos voisins du Sud est épouvantable.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Bien sûr qu’il faut s’en désoler et le déplorer. Comme on le fait, d’ailleurs, lorsque la démocratie est menacée ou bafouée en Turquie, en Hongrie ou ailleurs dans le monde.

Mais comment se surprendre de ce qui vient de se passer ?

L’insurrection à laquelle on vient d’assister est la suite logique de ce que Donald Trump et ses nombreux alliés ont dit et fait depuis l’élection du 3 novembre.

PHOTO MANUEL BALCE CENETA, ASSOCIATED PRESS

Des partisans de Donald Trump ont laissé un drapeau devant le Capitole, à Washington.

La suite logique du refus d’accepter le résultat du scrutin.

La suite logique des nombreuses démarches visant à l’invalider.

La suite logique des allégations de fraude répétées ad nauseam par le président et plusieurs ténors du Parti républicain, dont certains ne se gênent même plus pour basculer dans les délires complotistes.

Oh, bien sûr, ils ont presque tous joué les vierges offensées quand les manifestants ont envahi le Capitole. Le contraire aurait été politiquement intenable.

Mais ils savent très bien qu’ils récoltent ce qu’ils ont semé. Ils ont trop joué avec le feu. Le gâchis dont ils sont responsables va passer à l’histoire.

Cela fait des années, en fait, que les républicains scient la branche sur laquelle sont assis l’ensemble des politiciens élus démocratiquement aux États-Unis.

Le parti s’est radicalisé. Il en est venu à diaboliser non seulement ses rivaux, mais aussi ceux qui, en son sein, étaient perçus comme étant trop modérés ou tout simplement comme des politiciens traditionnels.

On connaît la suite. Donald Trump a fini par s’en emparer.

Et les quatre dernières années ont pris la forme d’une émission de téléréalité angoissante, qui a plongé le pays — et le reste du monde — dans un grand désarroi.

Le fiasco auquel on vient d’assister se veut, on l’espère, la grande (et pathétique) finale du Trump Show.

Il est plus que temps de tourner la page sur cette présidence, qui passera assurément à l’histoire comme l’une des pires depuis les débuts de la nation américaine.

Avec cette fin en queue de poisson, les historiens feront preuve d’encore moins d’indulgence à l’égard du président républicain.

Donald Trump et ses alliés, disons-le, ont attisé la colère de leurs partisans les plus exaltés jusqu’à la toute dernière minute.

Non seulement le président a-t-il fait la promotion de la manifestation, mais il a fouetté le sang de ceux qui y participaient, prononçant un discours délirant dans le cadre de l’évènement.

« Nous n’abandonnerons jamais. Nous ne concéderons jamais ! Ça n’arrivera pas. Vous ne cédez pas lorsqu’il y a eu vol ! », a-t-il déclaré en suggérant aux manifestants de « marcher » vers le Congrès américain.

Sur place, à peu près au même moment, des élus républicains tentaient de faire dérailler le processus de validation des résultats de l’élection.

Affligeant, vous dites !

Puis, visiblement poussé par ses conseillers à condamner les émeutiers, Donald Trump a fini par leur suggérer de rentrer à la maison… non sans avoir dit comprendre leur colère puisqu’après tout, l’élection a été « volée » !

Sa fille Ivanka, elle, a tenté de les apaiser en les qualifiant de « patriotes » !

C’est pitoyable. Mais encore là, comment s’en surprendre ?

Certains détracteurs du président ont réagi au cours des dernières heures en affirmant qu’il faut le destituer au plus vite.

Ça n’arrivera vraisemblablement pas.

Mais Dieu qu’il est temps que cette tragi-comédie prenne fin.

Heureusement, il ne reste que deux semaines.

Et non seulement Joe Biden deviendra officiellement président le 20 janvier prochain, mais il vient de s’assurer du contrôle des deux chambres du Congrès. Les deux candidats démocrates de la Géorgie au Sénat américain ont triomphé mardi.

Sa tâche est digne des travaux d’Hercule, mais il aura au moins les coudées plus franches.

Bref, courage ! C’est presque terminé.