Nos jeunes vont mal.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

C’est un grand paradoxe : le risque pour les enfants d’être gravement malades en raison de la COVID-19 est presque nul, mais on les retrouve dans le peloton de tête de ceux qui souffrent le plus de la pandémie.

Et quand on pense au coût social d’un nouveau « confinement total », on se dit qu’ils pourraient être parmi ceux qui en paieront le prix le plus fort.

Ces constats auraient tout avantage à être au cœur de la prise de décisions à Québec au cours des prochaines semaines.

Dans un monde idéal, pas un seul jeune ne devrait faire les frais de l’insouciance manifestée par des adultes pendant le temps des Fêtes ou des faux pas de nos gouvernements. Après tout, les cas et les hospitalisations bondissent… alors que les écoles étaient fermées !

Mais la situation est tout sauf idéale. Protéger le réseau hospitalier est la priorité absolue et il n’y a pas trente-six solutions pour y parvenir.

Sauf que l’avenir de nos jeunes aussi est une priorité. Et limiter les traumatismes liés au traitement-choc qu’on va annoncer ce mercredi est tout aussi fondamental.

Il faut par conséquent espérer que l’enseignement à distance, qu’on s’apprête à prolonger, va durer le moins longtemps possible.

Parallèlement, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer davantage d’autonomie de la part des écoles qui voudraient pouvoir accueillir en leurs murs des élèves vulnérables même si l’enseignement à distance se prolonge (certains, cette semaine, ont déjà eu droit à cet accommodement).

Cette demande ne doit bien sûr pas rester lettre morte.

Et n’oublions pas de prêter main-forte à ceux qui n’ont pas accès à l’internet.

Précisons que la situation quant à l’accès aux outils technologiques s’est grandement améliorée depuis le printemps dernier. Toutes les écoles secondaires semblent en avoir suffisamment. Du côté des écoles primaires, ça semble aussi jouable si on met à profit la réserve d’appareils qui avait été constituée il y a quelques mois par le ministère.

N’empêche qu’à peu près tous les acteurs du milieu de l’éducation, à commencer par les profs, auraient été en faveur d’un retour en classe. Sur le terrain, conscients des besoins des jeunes, ils ont constaté à quel point l’enseignement à distance a ses limites.

L’école est avant tout un milieu de vie où les jeunes développent leurs habiletés sociales. Et c’est aussi, pour plusieurs, une bouée de sauvetage contre la maltraitance, l’insécurité alimentaire, etc.

Par ailleurs, sur le plan de l’apprentissage et de la réussite, 2020 semble avoir aussi été une annus horribilis pour nos jeunes.

Le premier bulletin de l’année scolaire, lorsqu’on le rendra disponible, va assurément le confirmer. L’effet — dévastateur — du premier confinement se fait encore sentir.

Il serait imprudent de sous-estimer l’impact qu’aura ce deuxième retrait forcé des écoles sur nos jeunes.

Tout en essayant de limiter sa durée, il y aura donc fort à faire au cours des prochains jours et des prochaines semaines, pour atténuer son impact et continuer de travailler pour que s’estompent enfin les dégâts provoqués par le premier.

Car le rattrapage était loin d’être terminé.

Il faudra donc songer rapidement à de nouvelles mesures pour aider les élèves en difficulté.

Le milieu scolaire aura besoin de plus de leadership de la part du ministère de l’Éducation au cours des jours et des semaines à venir.

Y compris pour trouver des moyens de renforcer encore plus les mesures sanitaires dans les écoles, un des moyens les plus sûrs de permettre à nos jeunes d’y retourner le plus rapidement possible.

Et pour que 2021 soit, pour eux, moins pénible que 2020.