Après avoir lu le titre de cet éditorial, vous vous posez possiblement deux questions fondamentales.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

1. C’est où, ça, « là-bas » ?

2. N’est-ce pas un peu exagéré de dire que le président américain joue « son avenir » cette semaine ?

Tentons donc d’y répondre en deux temps.

Premièrement, « là-bas », c’est en Géorgie, État du sud des États-Unis, situé directement au nord de la Floride, peuplé d’à peu près autant d’habitants que si on réunissait le Québec et le Manitoba.

PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS

Le second tour des élections sénatoriales de la Géorgie va se dérouler mardi. Et le résultat va avoir un impact considérable sur la présidence de Joe Biden.

On parle d’un peu moins de 10 millions de personnes, sur les quelque 330 millions d’habitants des États-Unis.

Parlons maintenant de l’avenir du politicien démocrate.

Le second tour des élections sénatoriales de cet État va se dérouler mardi. Et le résultat va avoir un impact considérable sur ce qui se passera à Washington au cours des deux prochaines années.

Si les démocrates remportent les deux sièges au Sénat qui vont être pourvus avec ce scrutin, ils atteindront le chiffre magique de 50 sénateurs (sur 100) au Congrès américain.

Et comme le poste de président du Sénat est offert d’office à celui (ou celle) qui occupe la vice-présidence du pays (dans ce cas-ci, Kamala Harris), les démocrates auront l’avantage.

Par contre, si les républicains s’emparent d’au moins un des deux sièges en jeu, ce sont eux qui franchiront le cap des 50 sénateurs. Et le républicain Mitch McConnell pourrait alors demeurer le chef de la majorité au Sénat, poste qu’il occupe depuis 2015, avec tous les bénéfices que cela confère à son parti.

Parlez-en à Barack Obama…

Le plan de bataille des républicains ? « Le refus absolu de travailler avec moi ou les membres de mon gouvernement, quelles que soient les circonstances, quel que soit le sujet, sans se soucier des conséquences pour le pays », a expliqué récemment l’ancien président démocrate dans ses mémoires.

On voit mal pourquoi ça changerait sous Joe Biden. Et si les républicains disposent de 51 ou 52 sénateurs, leur capacité de nuisance sera nettement plus importante.

Il leur sera beaucoup plus facile de mettre des bâtons dans les roues du prochain président. Notamment en bloquant les diverses mesures législatives prévues en vertu de son programme. C’est que l’aval des deux chambres du Congrès est nécessaire pour l’adoption des projets de loi.

Le président sera forcé de mettre de l’eau dans son vin et d’édulcorer ses idées les plus progressistes pour convaincre ses rivaux du bien-fondé de certaines législations.

Et plusieurs pourraient carrément ne jamais voir le jour. Comment penser obtenir, par exemple, le soutien parlementaire nécessaire à un meilleur contrôle des armes à feu ?

Le sort de certaines nominations souhaitées par Joe Biden pourrait même se jouer en Géorgie mardi. Y compris celui des membres de son gouvernement. Avant d’exercer leurs fonctions, ils doivent au préalable –pour la plupart – obtenir le feu vert de la majorité des sénateurs.

Passons maintenant à la question qui tue : quelles sont les chances des démocrates de l’emporter ?

Désolé, mais on évitera ici toute prédiction quant à l’issue du scrutin.

Joe Biden l’a emporté en Géorgie en novembre… mais de justesse. Des centaines de milliers d’électeurs voteront par la poste, ce qui semble favoriser les démocrates.

En revanche, ce sont habituellement les candidats républicains qui l’emportent dans cet État lorsqu’un second tour est nécessaire. Etc.

Il y a tant de facteurs complexes et contradictoires en jeu que tout pronostic serait l’équivalent de lancer une pièce et de se demander si elle tombera côté pile ou côté face.

En fait, une seule chose est absolument sûre quant aux élections en Géorgie : si les démocrates perdent ce périlleux pari, ils auront à l’avenir d’amers regrets et plusieurs vives déceptions liés à cette défaite.