On vient donc d’apprendre que les Canadiens qui font un voyage non essentiel peuvent bénéficier, après leur retour au pays, d’une aide fédérale de 1000 $ pour leur quarantaine.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Est-ce la goutte d’eau qui fait déborder le vase ?

Non, pas tout à fait.

Au point où on en est, c’est plutôt la goutte qui fait déborder l’évier rempli par l’eau tombée du vase qui, lui, était déjà plein depuis longtemps.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Mercredi dernier, le gouvernement fédéral a annoncé que toute personne qui entre au Canada devra avoir subi, dans les 72 heures précédentes, un test négatif.

Après une année épouvantable, on a tous la mèche courte.

Et en ce qui concerne l’indulgence à l’égard des ratés de nos gouvernements en temps de pandémie, c’est quasiment la rupture de stock.

Alors ce coup de pouce financier dont pourraient bénéficier les Canadiens qui vont faire… ce qu’on leur recommande de ne pas faire, forcément, passe mal.

Normal. Ça n’a aucun sens !

Ces voyageurs brisent le contrat moral qu’on s’efforce tous tant bien que mal de respecter… et on les récompense !

Sans compter que s’ils voyagent à l’extérieur du pays, on présume qu’ils ont les moyens d’assumer les coûts liés à leur quarantaine.

Cette nouvelle controverse est en quelque sorte la suite de celle qui a été déclenchée avant Noël, lorsqu’on a réalisé que de nombreux de Canadiens fuyaient les contraintes imposées ici en allant se rassembler dans des tout-inclus.

Avec tous les risques potentiels que cela suppose s’ils sont contaminés par le coronavirus, pour eux et pour les autres. À l’étranger. Et au Canada, bien sûr, lorsqu’ils vont revenir au pays, au moment précis où notre système de santé est sur la corde raide.

À ce sujet, sous pression, le gouvernement fédéral a fini par réagir.

Mercredi dernier, il a annoncé que toute personne qui entre au Canada devra avoir subi, dans les 72 heures précédentes, un test négatif. On a aussi promis que le suivi de la quarantaine des voyageurs sera amélioré.

Bravo ! Mais pourquoi diable fallait-il attendre que la grogne monte avant de serrer la vis aux voyageurs ?

Pourquoi ne pas s’être inspiré, plus tôt, de pays comme la Nouvelle-Zélande qui ont mis en place des procédures parmi les plus strictes pour gérer les entrées et les sorties dans le but de limiter la transmission du virus ?

Question complémentaire, liée à la première : pourquoi fallait-il attendre que la grogne monte (et que Québec réclame que l’on rectifie la situation) pour réaliser l’absurdité d’offrir 1000 $ aux voyageurs pour compenser les revenus qu’ils perdent en raison de leur quarantaine ?

On parle ici, spécifiquement, de la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRE). Elle « fournit une aide financière aux salariés et aux travailleurs indépendants qui sont incapables de travailler parce qu’ils sont malades, qui doivent s’isoler en raison de la COVID-19 ou qui ont un problème de santé sous-jacent qui les met plus à risque de contracter la COVID-19 ».

Précisons que l’idée qui a mené à la création de cette prestation est excellente. Prenons garde de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. On veut à tout prix éviter qu’un employé contaminé par le coronavirus décide de demeurer au travail parce qu’il ne peut pas se priver de son salaire.

L’aide devrait servir à ça. Pas à récompenser les voyageurs qui font fi des recommandations d’Ottawa et quittent le pays alors que leur séjour à l’étranger n’est pas essentiel.

Dans ce cas précis, la politique est détournée de son objectif initial.

On aurait dû exclure ces voyageurs de la prestation dès le départ.

Cela dit, il n’est pas trop tard pour bien faire.