Les écoles secondaires doivent ouvrir leurs portes en septembre. À moins que le Québec ne soit submergé par une deuxième et fulgurante vague de contagion, les ados qui ont été condamnés à l’isolement depuis le 12 mars ont besoin de retourner sur les bancs de classe.

Agnes Gruda Agnes Gruda
La Presse

Pour l’instant, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a assuré qu’il faisait tout pour y parvenir. Mais il a aussi évoqué la possibilité d’une rentrée scolaire à distance. En entrevue, il réitère sa volonté pour de l’enseignement que l’on appelle « présentiel », mais se dit incapable d’assurer que ce sera possible l’automne prochain comme c’est pourtant le cas pour les écoles primaires.

Encore une fois, pour l’instant, les directions d’écoles, les enseignants, les élèves et les parents restent dans le flou.

Pour dire les choses clairement : si la rentrée au secondaire devait se faire à 100 % à distance, les résultats seraient catastrophiques. À 13, 15 ou 16 ans, c’est le meilleur moyen pour perdre toute motivation. Pour les plus fragiles, ça peut être un aller simple vers le décrochage. Selon Égide Royer, spécialiste de la réussite scolaire, le nombre d’élèves qui glisseraient entre les mailles du système scolaire ne pourrait qu’exploser.

Après plus de deux mois de tergiversations, il est temps que le ministre Roberge affirme que l’école secondaire reprendra… à l’école. Et que tout sera mis en œuvre pour que ce grand retour se fasse dans le respect des règles sanitaires qu’impose la pandémie de COVID-19.

Il reste trois mois avant septembre. Trois mois, ce n’est pas trop pour se préparer à cette délicate opération. Les directions d’école planchent déjà sur les scénarios de rentrée et ont besoin de directives claires. Rapidement.

PHOTO KIM JUN-BEOM, ASSOCIATED PRESS

La Corée du Sud applique déjà des mesures pour favoriser la sécurité des élèves de l’école secondaire.

Le Québec n’a plus le luxe de laisser ballotter une génération d’élèves qui, à un âge fragile, ont malheureusement été les laissés-pour-compte de la crise actuelle.

D’autres pays ont entrepris d’aménager l’enseignement de façon à minimiser les risques de contagion. Nous avons l’avantage de pouvoir nous inspirer de leurs expériences.

En Allemagne et en Afrique du Sud, les élèves les plus âgés ont été les premiers à retourner en classe. Pourquoi ? Parce qu’on estime qu’ils sont plus aptes que les plus jeunes à respecter les règles de distanciation.

Au Portugal, l’enseignement s’est concentré sur les cours indispensables pour passer à l’université. Au Danemark, on a commencé par le primaire… et les deux dernières années de secondaire.

Partout, de nouvelles règles sanitaires ont été mises en place. L’Autriche impose le port du masque à l’école.

Dans plusieurs pays, on expérimente différentes formules pour limiter le nombre d’élèves en classe. L’enseignement « présentiel » un jour sur deux ou une semaine sur deux. Et du travail à distance le reste du temps.

Est-il possible d’utiliser d’autres lieux, peu fréquentés aujourd’hui, tels que les églises ou les cinémas, pour faire « déborder » les classes, comme le suggérait récemment Égide Royer ? Ou de tenir en alternance des classes le matin et l’après-midi ? De séparer les élèves selon leur niveau d’études : des journées pour le premier cycle, d’autres pour le second ?

Pour éviter les cohues des changements de classe, les élèves pourraient peut-être suivre la majorité de leurs cours dans un même local. Peut-on mettre de côté certains cours, moins cruciaux, pour se concentrer sur les matières essentielles ?

Peut-on envisager des moyens de transport alternatifs pour éviter que les élèves de secondaire n’encombrent autobus et métro – lieux de contagion par excellence ? Tout en s’assurant que désinfectant et masques soient disponibles en nombre suffisant dans les transports en commun ?

Rouvrir les écoles secondaires en septembre alors que l’on devra continuer à cohabiter avec le coronavirus est une tâche colossale. Il ne suffit pas de dire qu’on fera l’impossible pour y arriver. Il faut commencer à faire l’impossible tout de suite.

Cela exigera créativité et souplesse de la part de tous : enseignants, syndicats, directions d’écoles, professionnels, sans oublier les parents et les élèves.

Les élèves du public, qui ont fait les frais des messages contradictoires, des suivis aléatoires de leurs profs et des trousses pédagogiques sans lien avec leur programme pédagogique, méritent un VRAI retour à l’école. Avec des enseignants, des psychopédagogues et des amis en chair et en os. C’est leur réussite scolaire qui est en jeu.