Serait-il donc révolu, le temps où, à Ottawa, on donnait le Bon Dieu sans confession au régime chinois ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Un signe encourageant : l’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton, a durci le ton face à Pékin. Et Justin Trudeau, questionné à ce sujet, n’a pas désavoué le diplomate.

Rappelons les faits : le Globe and Mail a fait sa manchette mardi avec des propos tenus par Dominic Barton lors d’une allocution privée. Il a notamment affirmé que la Chine était en train de se mettre à dos d’autres nations. Qu’avec son attitude sur la scène internationale, elle nuisait à son influence ainsi qu’à son pouvoir de persuasion.

Il a entièrement raison.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

L’ambassadeur du Canada en Chine, Dominic Barton

En revanche, à Ottawa, on évite généralement de tenir de tels propos. Depuis plus d’un an, de nombreux spécialistes canadiens de la Chine recommandent au gouvernement libéral d’être plus ferme face au pays de Xi Jinping, mais jusqu’ici, ils prêchaient dans le désert.

L’heure est maintenant venue d’appeler un chat un chat.

Se permettre de dire les vraies affaires ne signifie pas laisser la diplomatie au vestiaire. Encore moins monter sur ses grands chevaux, comme le font les Américains.

Le Canada ne peut pas se permettre une relation orageuse avec la Chine dans les circonstances actuelles. Notamment parce que le matériel médical fabriqué dans ce pays est trop précieux. On jouerait avec le feu.

Par ailleurs, la Chine vient de suspendre les importations de grands fournisseurs australiens de bœuf alors que le pays fait pression pour une enquête sur la pandémie actuelle. Cela fait aussi, très certainement, réfléchir nos élus.

Cela dit, entre se mettre en colère et courber l’échine, il y a une marge. Et c’est exactement dans cette marge que le Canada doit se positionner.

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Une autre bonne raison pour Ottawa de durcir le ton, c’est que sa pudeur des derniers mois a été vaine. Disons-le : lorsqu’il était frappé sur la joue droite par Pékin, le gouvernement fédéral tendait systématiquement la joue gauche.

Il a même offert des tonnes d’équipement médical à la Chine et a longtemps refusé de fermer les frontières du pays aux voyageurs chinois (contrairement aux Américains). Cela aurait dû avoir un certain effet ! Pourtant, les deux Canadiens pris en otage par Pékin n’ont toujours pas été libérés. Et les exportations canadiennes vers la Chine ne cessent de baisser.

PHOTO ALY SONG, REUTERS

« Une bonne raison pour Ottawa de durcir le ton envers Pékin, c’est que sa pudeur des derniers mois a été vaine », souligne notre éditorialiste. Sur la photo, une femme à Wuhan.

Parallèlement, le régime communiste se permet d’intimider et de harceler, sur le sol canadien, des militants des droits de la personne qui travaillent sur des enjeux liés à la Chine. Une coalition d’organisations non gouvernementales canadiennes a publié un rapport à ce sujet cette semaine afin de dénoncer la situation. Et pour encourager Ottawa à sévir, car pour l’instant, cette ingérence inadmissible est tolérée.

Winston Churchill disait qu’« un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé ». L’avis de l’ancien premier ministre britannique est toujours brûlant d’actualité. La retenue du Canada semble avoir eu pour effet d’enhardir la Chine et non de l’amadouer.

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Notons en terminant que le moment est particulièrement bien choisi pour un changement de ton à Ottawa. On le sait, il est important de ne pas faire cavalier seul face à la Chine.

Or, rares sont les nations démocratiques qui ne se questionnent pas, actuellement, sur l’état de leurs relations avec Pékin.

Normal, étant donné le rôle de la Chine dans cette épidémie et le fait qu’elle continue de jouer les matamores sur la scène internationale.

Le virage qu’on semble en train de prendre à Ottawa est délicat, mais il est essentiel.