Remercier les « anges gardiens », c’est bien. Les écouter, c’est encore mieux.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Pourtant, quand ils essaient de sonner l’alarme, les infirmières, préposées aux bénéficiaires et autres professionnels du milieu de la santé se font imposer l’habituelle loi du silence de la fonction publique. Jeudi, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval a envoyé un mémo à ses employés. La consigne : avant de parler, demandez la permission.

On s’imagine que moins la nouvelle sera bonne, moins ils auront droit de la communiquer…

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Le nouvel annexe de l'hôpital de Verdun

Officiellement, les établissements disent vouloir éviter que des informations contradictoires soient propagées dans les médias. Pour éviter la cacophonie, ils veulent centraliser le message. En principe, cela peut se comprendre. Le problème, c’est que cela se fait en écartant les informations embarrassantes.

Depuis le début de la crise, on a parfois l’impression que le gouvernement Legault est loin des réalités du terrain.

D’un côté, il y a le message officiel des établissements, qui remonte au sous-ministre de la Santé puis au premier ministre Legault. C’est ce message qu’on entend chaque jour à 13 h en conférence de presse. Selon cette version, la ligne 811 fonctionnait dès le départ, l’équipement médical n’a jamais manqué et les interventions chirurgicales non liées à la COVID-19 reprenaient au rythme prévu dans les hôpitaux.

Mais sur le terrain, plusieurs ont contredit cette version. Il y a eu des ratés avec la ligne téléphonique, des pénuries localisées de masques et des patients cancéreux continuent d’attendre et d’attendre encore leur opération.

Des professionnels de la santé en ont parlé aux médias. Souvent même à visage découvert. D’un point de vue bureaucratique et juridique, ils ont pu manquer à leur devoir de loyauté. Mais ils répondaient à un devoir plus élevé, celui d’aider les malades.

Ils ne devraient pas être punis, ils devraient être remerciés.

Au lieu de leur rappeler leur obligation de loyauté, les CIUSS et CISSS devraient plutôt se demander pourquoi ces gens s’adressent aux médias. Probablement parce qu’ils craignent que leur plainte sera enfouie au plus profond de la boîte aux suggestions, en attendant que la biodégradation fasse son œuvre.

Il est vrai que depuis 2016, les dénonciateurs sont en théorie protégés par une nouvelle loi. Elle leur impose toutefois de sévères contraintes. Avant de parler aux médias, ils doivent démontrer que la situation dénoncée pose un « risque grave pour la santé », puis transmettre la plainte à la police, et attendre. L’autre option est de passer par la Protectrice du citoyen, déjà débordée.

Ce n’est pas très efficace, surtout en temps de crise.

Pour les aider, le gouvernement Legault pourrait faire plusieurs choses dans les prochains mois.

En décembre dernier, la ministre Marguerite Blais a déposé un projet de réforme de la Loi contre la maltraitance envers les aînés, adoptée en 2017. Mais selon ce qui est prévu, le commissaire aux plaintes serait encore payé par le Ministère. Et donc en apparence permanente de conflit d’intérêts, dénonce l’opposition. Mieux vaut bétonner son indépendance, et peut-être même créer un Protecteur des aînés, comme le propose le Parti québécois.

Le gouvernement caquiste pourra s’y attaquer lors du retour à l’Assemblée nationale. Mais dans l’immédiat, pour gérer la crise, il doit maintenant comprendre ce qui se passe sur le terrain. Pour gagner la guerre, il doit savoir ce qui se passe sur le front.