Il y avait quelque chose de démoralisant à lire dans nos pages hier l’article signé par Marie-Ève Morasse et Louise Leduc, qui ont fait le point sur la réaction du milieu de l’éducation à la pandémie.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La conclusion des deux journalistes, c’est que « les profs ne savent pas sur quel pied danser ». Et leur démonstration nous apprend que tant le ministère de l’Éducation que de nombreux acteurs du réseau cherchent encore leurs repères.

L’horizon n’est pas bouché. Il n’est pas trop tard pour mieux faire. Mais après deux semaines de confinement, les tergiversations et les demi-mesures deviennent chaque jour moins tolérables.

D’autant plus que si les écoles sont officiellement fermées jusqu’au début du mois de mai, il est possible qu’elles le restent jusqu’à la fin de l’année scolaire. Il est donc primordial de mettre de l’avant un plan d’urgence efficace, mais aussi de préparer l’après-crise.

Il faut le dire, à Québec, l’éducation semble pour l’instant être le ventre mou d’un gouvernement qui a, en règle générale, le couteau entre les dents depuis près de trois semaines.

Hier, le ministère de l’Éducation a lancé un site web destiné à donner un coup de pouce aux élèves et à leurs familles. Tant mieux. « L’école ouverte » est une initiative louable. Mais certaines commissions scolaires avaient déjà mis sur pied des initiatives similaires.

Et c’est loin d’être suffisant. Il sera crucial d’aller plus loin pour soutenir les jeunes, y compris ceux qui n’ont pas accès aux outils technologiques qui leur permettent de profiter de telles ressources.

Ne perdons pas espoir, le bilan de l’action du Ministère est en voie de s’enrichir. Il a promis hier que dès la semaine prochaine, une « trousse hebdomadaire d’activités pédagogiques » va être expédiée aux élèves. On a aussi hâte de voir comment Télé-Québec, tel qu’annoncé, permettra de stimuler l’apprentissage et de rassurer les jeunes confinés à la maison.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« On aurait tort de minimiser l’impact potentiel de cette épidémie sur nos jeunes », note Alexandre Sirois.

Par ailleurs, vous nous permettrez aussi de déplorer le fait que certains enseignants et leurs syndicats rament à contre-courant.

Lorsqu’on apprend que plusieurs enseignants « se sentent mal de ne pas en faire davantage et se montrent très inquiets d’être visés par des collègues qui pensent autrement », on se dit qu’il y a quelque chose de détraqué et que la barre doit être redressée.

Les enseignants motivés doivent être encouragés, pas démobilisés.

Dans le même ordre d’idées, on se désole lorsqu’on voit les jérémiades au sujet de l’appel lancé par le ministre Jean-François Roberge aux enseignants pour leur demander de prendre contact avec les élèves.

Bon, d’accord, le ministre aurait pu être plus précis, mais son idée est excellente. Elle doit être mise en œuvre au plus vite, avec enthousiasme.

Dire qu’il a « semé le chaos », comme l’a fait la Fédération des syndicats de l’enseignement, c’est une exagération digne du Capitaine Bonhomme !

Au moins deux experts de renom ont fait la promotion de cette idée la semaine dernière. Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill, et Égide Royer, psychologue et professeur titulaire associé à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval.

« En ces temps troubles […], il est rassurant pour les jeunes que leur enseignant communique régulièrement qu’il pense à eux », a écrit le professeur de l’Université Laval sur les réseaux sociaux. Et cette relation est particulièrement importante pour les élèves qui vivent des difficultés scolaires.

Bien sûr, c’est le réseau de la santé qui est au cœur de la tempête actuellement. On aurait tort, cela dit, de minimiser l’impact potentiel de cette épidémie sur nos jeunes.

À l’heure du coronavirus, comme l’a résumé Égide Royer avec finesse, « l’éducation a également besoin de ses anges gardiens ».