Comment appelle-t-on un parti qui demeure obsédé par le taux de croissance de l’économie et par « l’optimisation » des dépenses de l’État, mais qui aussi est hautement préoccupé par le sort de personnes les plus vulnérables de la société ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Chose certaine, ce n’est pas un parti d’« extrême droite », expression utilisée par l’ancien premier ministre Philippe Couillard pour faire de la CAQ un épouvantail en 2018.

Ce n’est pas non plus un parti qui menace la « paix sociale », chose dont s’inquiétait, à peu près à la même époque, le président de la campagne électorale du Parti libéral, Alexandre Taillefer.

La liste des investissements annoncés en matière de services sociaux est, à ce sujet, un contre-exemple saisissant. Tout particulièrement les multiples initiatives consacrées aux personnes les plus vulnérables.

On vient notamment en aide aux femmes victimes de violence conjugale, aux parents d’adultes handicapés, aux jeunes en difficulté et aux autochtones.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances, Eric Girard, et le premier ministre, François Legault, mardi lors du dépôt du budget

Le ministre des Finances, Eric Girard, n’a pas cherché à désavouer la paternité de ces initiatives, bien au contraire. « Il était nécessaire de faire des efforts pour ces personnes en situation de vulnérabilité », a-t-il déclaré à Québec mardi.

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Dans la foulée du dépôt du deuxième budget du gouvernement, il est permis de porter un jugement sur l’identité du parti au pouvoir. Le faire est d’autant plus pertinent que ses rivaux ont naguère tenté de le diaboliser sans aucune retenue.

En ce sens, il faut donner à François Legault le crédit qui lui revient : il avait raison de dire que sa formation politique était avant tout « pragmatique ». Un parti qui, par conséquent, refuse toute étiquette.

La gestion des affaires de l’État par la CAQ n’est pas sans rappeler la stratégie des tenants de la « troisième voie » dans les années 90. Le président américain Bill Clinton et le premier ministre britannique Tony Blair étaient, souvenons-nous, les figures de proue de ce mouvement.

Un proche stratège du président Clinton, Dick Morris, avait expliqué que l’idée était de dépasser le clivage gauche-droite et « d’en arriver à une solution quelque part au-dessus des positions de chaque parti ».

Ce conseiller du président était frustré de voir que les partis étaient forcés soit d’adhérer à la totalité du programme qu’on associe à la gauche ou, au contraire, à l’ensemble de celui de la droite. De façon imagée, il comparait la situation de l’électeur à celui d’un client qui, au restaurant, ne peut pas « commander un plat à la carte ».

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On dit souvent que la grandeur d’une société peut être évaluée à la façon dont elle traite les personnes les plus vulnérables. Si tel est le cas, une conclusion s’imposait depuis plusieurs années : le Québec était en déficit de grandeur.

Les mesures annoncées mardi pour y remédier ne vont pas tout changer du jour au lendemain. Elles ne seront forcément pas suffisantes pour combler les besoins de tous. Loin de là ! Mais elles vont à coup sûr faire une différence. Dans la majorité des cas, on va au-delà des vœux pieux.

Comme en matière de lutte contre la violence conjugale, par exemple. Des sommes supplémentaires de 181 millions d’ici 2024-2025 seront investies, dont la part du lion (120 millions) ira aux maisons d’hébergement. Elles en avaient grandement besoin, simplement pour être à flot.

Par ailleurs, les 450 millions annoncés sur cinq ans pour « prendre soin des jeunes » – qui s’ajoutent aux 47 millions alloués l’été dernier – pourraient permettre de mettre un baume sur les plaies des services de protection de la jeunesse.

Quant aux parents d’adultes handicapés, tel que promis, ils n’ont cette fois pas été oubliés par Québec. L’accessibilité à des prestations un peu plus généreuses est accélérée, par exemple. Le nombre d’heures de services d’aide à domicile sera rehaussé. Et ils bénéficieront d’un crédit d’impôt pour les proches aidants bonifié. Ce n’est peut-être pas un très grand pas, mais on le fait à tout le moins dans la bonne direction.

Il y a deux conclusions évidentes à tirer de ces investissements : ils seront forcément rentables pour l’État québécois et ils nous en disent un peu plus sur la vraie nature de la CAQ.