Le divorce avec l’Union européenne ayant été prononcé, le premier ministre britannique Boris Johnson est maintenant libre de flirter avec d’autres partenaires. On peut s’attendre à ce qu’il fasse rapidement les yeux doux au Canada.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

C’est d’ailleurs ce qu’a insinué la haute-commissaire du Royaume-Uni au Canada, Susan le Jeune d’Allegeershecque, de passage à Montréal cette semaine.

Le Royaume-Uni espère signer un accord de libre-échange avec le Canada avant la fin de la « période de transition » qui formalisera le Brexit, a-t-elle affirmé.

Cette période prend la forme d’ultimes négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sur l’avenir de leur relation commerciale. Celles-ci se termineront en décembre prochain. Le pays de Boris Johnson se retrouvera alors exclu de l’Accord économique et commercial global (AECG) signé entre le Canada et l’Union européenne. D’où l’idée de négocier rapidement une entente bilatérale avec Ottawa.

PHOTO ANTONIO BRONIC, REUTERS

Le premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson

Le Canada aurait tout avantage à ne pas faire la sourde oreille. Mais ce constat est assorti d’une mise en garde : surtout ne pas perdre son sang-froid ! Oui au flirt, mais sans précipitation.

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Faire preuve d’ouverture et de bonne volonté en la matière – comme l’a d’ailleurs fait récemment le premier ministre Justin Trudeau – va de soi puisque le Royaume-Uni est notre troisième partenaire commercial, après les États-Unis et la Chine. En Europe, cela représente quelque 40 % de nos échanges commerciaux.

Une entente de libre-échange bilatérale qui succéderait à celle signée avec l’Union européenne serait un gage de stabilité pour notre relation commerciale et nos exportations vers le Royaume-Uni.

En revanche, garder la tête froide s’impose. Le calendrier peut donner l’impression qu’il faut faire vite, mais il serait sage de se donner le temps qu’il faut pour signer une bonne entente de libre-échange. D’autant plus qu’un premier bilan de celle signée par Ottawa avec l’Union européenne montre que le Canada n’en bénéficie pas autant que ce que l’on aurait souhaité.

Nos collègues du cahier Affaires l’ont souligné l’automne dernier : les retombées de l’Accord économique et commercial global avec l’UE ont été moins importantes pour le Canada que pour ses partenaires européens.

Au cours de la première année de l’accord (en vigueur depuis septembre 2017), les importations européennes au Canada ont grimpé de 10,8 %, alors que les exportations du Canada vers l’Europe ont augmenté de 3,9 %. Des données préliminaires semblent indiquer qu’une tendance similaire a été observée l’an dernier.

Bien sûr, la prudence est de mise avant de juger des mérites de l’entente. Sonner l’alarme serait prématuré. Il y a néanmoins des indices qui démontrent que les Européens avaient le couteau entre les dents et étaient plus aguerris que nous lorsque l’accord est entré en vigueur.

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La négociation d’un accord avec le Royaume-Uni doit donc se faire parallèlement à la mise en place de mesures qui permettront à nos manufacturiers de mieux profiter des ententes de libre-échange.

Le genre de mesures que réclame notamment Manufacturiers et Exportateurs du Québec afin que nos entrepreneurs puissent se battre à armes égales avec, notamment, les Européens. On signale par exemple qu’au Canada, la croissance de l’investissement en capital est anémique par rapport à la plupart des autres pays de l’OCDE. La croissance de la productivité est donc plus faible et nos entreprises, par conséquent, sont moins compétitives.

Sans compter qu’elles auraient besoin de plus de ressources et d’accompagnement en matière d’aide à l’exportation.

Entre autres parce qu’exporter en Europe, c’est un défi autrement complexe qu’exporter aux États-Unis, particulièrement pour les PME.

Le gouvernement du Québec semble l’avoir compris, d’ailleurs. Lors du dévoilement de la mise à jour de la politique internationale du Québec en novembre dernier, la ministre Nadine Girault a cité parmi ses priorités l’augmentation et la diversification de nos exportations.

Reste à voir si, au cours des prochains mois, les bottines vont suivre les babines. Et si davantage d’efforts en la matière vont aussi être déployés par Ottawa. On pourrait alors faire preuve de moins de scrupules lorsqu’il sera question de flirter en bonne et due forme avec le Royaume-Uni.