Comment former plus de Laurent Duvernay-Tardif ?

Paul Journet Paul Journet
La Presse

On ne parle pas de gagnants de championnat. De tels athlètes d’exception, il y en aura toujours. On parle plutôt d’étudiants qui réussissent à obtenir un diplôme tout en pourchassant leur rêve sportif. Et qui ont donc un plan B si jamais ils n’accèdent pas aux ligues majeures, ce qui demeure le scénario le plus fréquent.

Duvernay-Tardif, faut-il le rappeler, a obtenu son diplôme de médecine de l’Université McGill en mai 2018. S’il jouait au hockey, c’aurait été plus difficile, et c’est justement le problème.

PHOTO RICK SCUTERI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Laurent Duvernay-Tardif

Dans notre hockey junior, la conciliation sport-études reste encore ardue. Même si d’indéniables progrès ont été accomplis dans la dernière décennie, le défi reste encore immense.

Bien sûr, on ne peut pas vraiment comparer ces deux sports, qui ont des contraintes très différentes, comme la durée de récupération nécessaire entre chaque match. Mais à tout le moins, le hockey pourrait s’inspirer de ce qui fonctionne bien dans le football.

Depuis quelques années, Hockey Québec déploie beaucoup d’efforts pour inciter ses jeunes à persévérer à l’école. Depuis 2011, les joueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) doivent être inscrits à l’école. Chaque équipe de hockey engage aussi un conseiller pédagogique. Certaines, comme l’Armada de Blainville-Boisbriand, paient les droits de scolarité de leurs joueurs tout en exigeant un remboursement lors d’un échec à un cours.

Autre chiffre très positif : 99 % des membres de la LJHMQ ont obtenu un diplôme du secondaire, tandis que le taux est de moins de 80 % pour les élèves de l’ensemble du Québec.

N’empêche que plusieurs obstacles demeurent pour nos jeunes hockeyeurs. La LHJMQ est aussi une entreprise commerciale, ce qui crée parfois des tensions. On l’a vu en 2017 lorsque le circuit a décidé de retarder sa saison de deux semaines – les billets se vendent mal quand il fait encore chaud dehors. Cette décision avait été prise même si un rapport de l’Alliance Sport-Études prévenait que cela nuirait à la réussite scolaire, a révélé à l’époque le journaliste Martin Leclerc.

La saison régulière compte pas moins de 68 matchs en plus des rencontres préparatoires et des séries éliminatoires, avec les milliers de kilomètres en autocar que cela suppose. Pour la saison prochaine, le circuit songe à réduire le calendrier… de seulement quatre matchs. C’est le grand obstacle à la réussite scolaire. Les échanges sont aussi permis. Même si c’est seulement durant le congé des Fêtes, de tels dérangements ne facilitent pas les études.

À titre de comparaison, dans la ligue universitaire américaine de hockey (NCAA), il y a moins de rencontres et elles se déroulent plus souvent la fin de semaine pour permettre aux joueurs d’étudier et de s’entraîner davantage.

PHOTO ARCHIVES LE NOUVELLISTE

Tristan Luneau

La LHJMQ demeure encore la pépinière de choix pour les espoirs québécois. Reste que la compétition augmente pour recruter le talent, avec les ligues américaines (USHL pour les juniors et NCAA pour le circuit universitaire) qui s’activent de plus en plus au Québec. On l’a vu quand Tristan Luneau, un des meilleurs espoirs québécois des dernières années, s’est lié à l’Université du Wisconsin – précisons qu’il est encore probable qu’il décide malgré tout de se joindre à la LHJMQ.

Tant mieux si cette concurrence incite la LHJMQ à poursuivre ses louables efforts pour faire diplômer ses joueurs. Car la majorité d’entre eux, faut-il le rappeler, n’accéderont jamais à la LNH.

Le Canadien de Montréal a aussi un Duvernay-Tardif en puissance. Alexandre Alain, qui détenait une impressionnante cote R de plus de 35, aurait pu être accepté en médecine à l’Université Laval. Il évolue présentement pour le Rocket tout en suivant deux cours à l’université. Et avec Duvernay-Tardif, Alain parraine un nouveau prix pour la persévérance scolaire que la LHJMQ remettra à un joueur par équipe. Même si Duvernay-Tardif offre un spectaculaire modèle de réussite, on n’en demande pas tant à tous nos jeunes athlètes. Mais on voudrait à tout le moins donner la chance à chacun de réaliser son plein potentiel scolaire.

Même s’il faut reconnaître que Hockey Québec s’est nettement amélioré, le soutien aux élèves et étudiants varie encore trop d’une équipe à l’autre, et partout, le calendrier effréné complique leurs études. Il reste donc encore du travail à faire.