Le bilan du coronavirus ne cesse de s’alourdir. On rapporte maintenant près de 20 000 personnes ayant été contaminées, et le nombre de morts (425) en Chine continentale a dépassé celui de l’épidémie du SRAS au début des années 2000.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Les chiffres peuvent inquiéter, bien sûr.

PHOTO JOHANNES EISELE, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un passant porte un masque chirurgical dans l’arrondissement de Queens à New York.

Les mots aussi…

On parlait déjà d’épidémie, certains experts commencent maintenant à envisager une pandémie. Une épidémie à l’échelle planétaire, donc. On a recensé jusqu’ici plus de 150 cas à l’extérieur de la Chine, dans plus de 20 pays — dont quatre cas au Canada.

Mais le moment de paniquer est-il venu ?

Non. Surtout pas !

Faire provision de masques chirurgicaux, retirer nos enfants de l’école parce qu’elle est fréquentée par des familles d’origine chinoise… La peur nous pousse trop souvent à prendre des décisions irrationnelles.

Elle est très, très mauvaise conseillère.

L’idée n’est pas de minimiser l’ampleur de ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qualifie d’« urgence de santé publique de portée internationale ». Tout doit être fait pour contenir la propagation du virus.

Mais gardons en tête que « la situation est sous contrôle » au Québec, comme l’a précisé la ministre de la Santé Danielle McCann.

Gardons aussi en tête l’appel au calme lancé, en parallèle, par le directeur de la santé publique du Québec Horacio Arruda. Le risque d’importation du virus au Québec par des voyageurs est bien sûr possible, mais pour l’instant, il demeure faible, a-t-il expliqué à la fin de la semaine dernière.

Et même s’il y avait sous peu « confirmation d’un cas au Québec », ce qui est possible, « le risque de transmission de la maladie dans la communauté demeure également faible », a ajouté ce médecin.

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À Ottawa, on a fourni hier de nombreux détails sur le rapatriement des quelque 300 Canadiens qui sont coincés dans la région de Wuhan, épicentre de l’épidémie. Si les imprécisions et délais de la semaine dernière dans ce dossier ont pu donner l’impression d’une certaine improvisation, celle-ci s’était dissipée hier.

L’opération, expliquée lors d’une conférence de presse à laquelle participaient plusieurs ministres, semble avoir été conçue pour assurer la sécurité des Canadiens qui veulent sortir de Chine tout en limitant le plus possible les risques liés à cette intervention à l’intérieur de nos frontières.

Les mesures annoncées sont rassurantes. Sitôt de retour au pays, ces Canadiens seront mis en quarantaine, isolés les uns des autres, pendant 14 jours à la base militaire de Trenton, en Ontario.

Non seulement leur état médical sera évalué avant le voyage, mais si jamais ils présentaient des symptômes en cours de route, ils seront mis en isolement avant même l’atterrissage.

On a aussi appris hier qu’Ottawa avait affrété un deuxième avion si davantage de Canadiens en Chine manifestent leur désir de quitter le pays. Reste à voir, maintenant, quand le premier appareil recevra le feu vert de la part du régime chinois…

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Nos élus doivent être d’autant plus rassurants et exemplaires sur le plan de la communication et de la transparence qu’on a déjà constaté à quel point la désinformation au sujet du coronavirus a pris d’assaut les réseaux sociaux. Et les fausses nouvelles se propagent plus vite que les vraies.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a carrément affirmé hier qu’il partait en guerre contre les rumeurs et la désinformation et a recommandé à tous les pays de faire la même chose. L’OMS travaille notamment avec Google pour s’assurer que les résultats de recherche sur le coronavirus ne privilégient pas les faits alternatifs.

Rassurer peut aussi aider à lutter contre la stigmatisation. La communauté chinoise, ici au pays, fait déjà les frais de discrimination, comme ce fut le cas à l’époque du SRAS. Fort heureusement, nos élus tentent déjà de désamorcer ce problème.

Ce qui est propre à rassurer, par-dessus tout, c’est l’exercice d’une vigilance constante. Il est crucial de démontrer, tant à Ottawa qu’à Québec, qu’on s’adapte au quotidien à l’évolution de la situation ici, en Chine, mais aussi ailleurs dans le monde.