Donald Trump a annoncé mercredi en grande pompe une entente commerciale « préliminaire » avec la Chine. Fidèle à son habitude, il s’est pété les bretelles. Une étape « historique » a été franchie, a-t-il déclaré alors qu’il était en compagnie du vice-premier ministre chinois Liu He à la Maison-Blanche.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Historique ?

Peut-être, mais pas pour les raisons évoquées par le président américain.

Donald Trump, lui, prétend que l’accord avec la Chine se veut un premier pas vers un « accord commercial juste et réciproque ». D’abord, c’est loin d’être certain. Ensuite, ce n’est pas pour ça qu’il est si marquant.

C’est plutôt parce qu’il consacre un recul majeur en matière de commerce international : c’est la loi du plus fort qui a prévalu.

PHOTO SAUL LOEB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump et le vice-premier ministre de Chine, Liu He, mercredi à la Maison-Blanche

L’entente entre Washington et Pékin représente « un coup de canif dans le système multilatéral fondé sur des règles » expliquait hier dans le journal Le Monde le directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales, Sébastien Jean.

L’accord démontre en effet, estiment plusieurs experts, que les rapports de forces entre les États sont en train de prendre le pas sur les règles qui encadrent le commerce international.

Pour le président américain, on l’a constaté à de nombreuses reprises, la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Pour une puissance moyenne comme le Canada, c’est une très mauvaise nouvelle.

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L’accord entre Washington et Pékin favorise les États-Unis de telle façon qu’il affecte l’accès des pays tiers au marché chinois. Il est d’ailleurs susceptible d’avoir un impact sur les exportations canadiennes vers ce pays.

En vertu de l’entente, la Chine a promis d’acheter pour 200 milliards de dollars additionnels de produits américains en deux ans. Pour y parvenir, Pékin pourrait devoir réduire ses importations en provenance de ses autres partenaires commerciaux, dont le Canada.

Ce mépris pour les règles en matière de commerce international se manifeste également par la passion de l’administration Trump pour les tarifs. Et par la façon, aussi, dont elle se fait un malin plaisir de mettre des bâtons dans les roues de l’Organisation mondiale du commerce. Soulignons que depuis décembre dernier, le tribunal d’appel de cette organisation est paralysé parce que Washington bloque la nomination de nouveaux juges.

Ce n’est pas pour rien que le gouvernement de Justin Trudeau a répété, tout au long de son premier mandat, qu’il fallait à tout prix contrer « l’affaiblissement croissant » de « l’ordre international fondé sur des règles ». Rappelons-nous que c’était un véritable mantra pour Chrystia Freeland, alors ministre des Affaires étrangères.

Le hic, c’est que tenter de renforcer ce système avec Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale, c’est à peu près comme essayer d’éteindre l’enfer avec un verre d’eau…

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Le pire, c’est que la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’est pas terminée. Loin de là.

Le problème structurel de la relation commerciale entre les deux pays n’a pas été réglé. On n’a pas parlé, par exemple, des subventions de Pékin aux entreprises d’État. Le sujet de la cybersécurité n’a pas non plus été abordé. Et si on a fait état d’avancées en matière de propriété intellectuelle, il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

D’ailleurs, les tarifs imposés par l’administration américaine sur une bonne partie des quelque 370 milliards de dollars de produits chinois n’ont pas été levés. On a plutôt annoncé d’éventuelles négociations pour une phase 2 de l’entente, nécessaire pour mettre fin au litige.

N’empêche, la Maison-Blanche a fait des gains. Incontestablement. Et cette entente préliminaire tombe bien pour un président dont le procès en destitution vient de commencer.

Ajoutez à ça le fait que le Congrès américain a ratifié hier la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange nord-américain et force est de constater que Donald Trump se voit offrir de nouvelles munitions pour convaincre les Américains qu’il fait du bon travail sur le plan de l’économie et qu’il mérite d’être réélu.