La réponse de Justin Trudeau à l’explosion d’un avion rempli d’Irano-Canadiens a été accueillie avec son lot de critiques ces derniers jours.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Certains lui ont reproché sa lenteur à réagir. D’autres ont déploré la mollesse de ses propos à l’endroit de l’Iran. Et d’autres encore l’ont attaqué pour ne pas avoir convoqué la Chambre jusqu’ici.

Or, au contraire, il suffit de prendre un peu de recul pour réaliser à quel point le premier ministre a plutôt géré cette crise avec doigté et sobriété. Ses sorties étaient empreintes d’empathie, de prudence, mais aussi de courage. Bref, exactement ce que l’on recherche d’un chef de gouvernement en pareilles circonstances.

Justin Trudeau a manifestement tiré des leçons du passé. Car il faut se souvenir qu’il n’a pas toujours su comment réagir avec les mots justes à la mort tragique de Canadiens à l’étranger.

Rappelez-vous seulement sa gestion des attentats terroristes qui avaient tué six Québécois à Ouagadougou en 2016. Il avait notamment téléphoné au conjoint d’une victime… qui lui avait raccroché la ligne au nez en raison de la « cassette » sans âme qu’il lui avait servie !

Or, cette fois, l’enjeu a beau être plus complexe, le premier ministre a su adopter le bon ton en étant juste assez présent dans l’espace public et en évitant les discours mécaniques sans substance.

PHOTO CANDACE ELLIOTT, REUTERS

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, dimanche à Edmonton lors d’une cérémonie à la mémoire des victimes

Il a su, ainsi, mieux réagir que Brian Mulroney ne l’avait fait dans des circonstances similaires, en 1985, dans la foulée de l’attentat perpétré contre le vol d’Air India en partance de Toronto. Le chef conservateur avait multiplié les erreurs tout en étant beaucoup trop lent à réagir.

À l’inverse, M. Trudeau s’est adonné à un savant exercice d’équilibriste au cours de la dernière semaine. Un exercice qui consistait à être présent, sans l’être trop. Et surtout, à avoir les mots justes en s’adressant à son public (c’est-à-dire les Canadiens, et plus spécifiquement les familles des victimes de l’attaque)… sans s’aliéner le responsable de l’attaque (le régime iranien).

L’intérêt premier d’Ottawa après l’explosion du vol PS752, c’est bien entendu la justice faite aux 57 victimes canadiennes. Mais cela, qu’on le veuille ou non, passe par une participation pleine et entière à l’enquête pour savoir précisément ce qui s’est passé.

Il fallait donc atteindre un difficile équilibre entre l’empathie pour les éplorés et la prudence diplomatique nécessaire dans les circonstances.

Ce que le premier ministre a réussi tout en ayant l’audace d’être le premier chef de gouvernement à accréditer la thèse du missile lancé sur l’avion de ligne.

M. Trudeau s’est dit « furieux » et « scandalisé ». Il a demandé de vive voix au président iranien de faire « toute la lumière » sur la tragédie et d’en « assumer l’entière responsabilité ». Et il a osé jeter une part du blâme sur son voisin américain, qui a lancé le bal en tuant le général Qassem Soleimani le 3 janvier dernier.

« Nous continuerons de travailler avec nos partenaires pour faire en sorte qu’une enquête transparente et complète soit menée, a-t-il lancé. Nous ne nous arrêterons pas tant que nous n’aurons pas obtenu de réponses. »

Preuve qu’il a bien joué ses cartes, la présidente du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), Kathy Fox, a confié ces derniers jours que des « signes précurseurs » laissaient croire que le Canada pourrait assumer un rôle plus actif dans l’enquête qu’à l’heure actuelle.

Bien sûr, le plus dur reste à faire. Surtout qu’il est question d’un pays capable de mentir, dans lequel le Canada n’a aucune présence diplomatique. Mais jusqu’ici, une semaine après l’attaque, Justin Trudeau a su manœuvrer avec tact et avec sensibilité.