Les bars sont fermés. Les soupers entre amis susceptibles de s’étirer tard sont interdits. Et avec le télétravail, beaucoup n’ont plus à se réveiller à des heures impossibles pour se précipiter au bureau.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Et si on profitait de cette période pendant laquelle tout est sur pause pour… dormir ?

La proposition paraît frivole. Pourtant, les études s’accumulent pour montrer l’importance du sommeil pour notre santé physique et psychologique.

Au moment où le stress et les idées noires se répandent et alors que notre système immunitaire a tout intérêt à être vigoureux pour combattre une éventuelle infection à la COVID-19, profiter de la pandémie pour développer de bonnes habitudes de sommeil est peut-être le meilleur investissement qu’on puisse faire.

* * *

Santé cardiovasculaire. Mémoire et apprentissage. Régulation des émotions. Stimulation du système immunitaire. Dans son livre Pourquoi nous dormons – Le pouvoir du sommeil et des rêves, le professeur à l’Université de la Californie à Berkeley Matthew Walker montre à quel point le sommeil influence l’ensemble de nos fonctions physiques et psychologiques.

Les découvertes récentes amènent un constat : le sommeil est l’angle mort de la santé publique. On nous dit partout de bouger et de bien manger. Mais les messages sur le sommeil sont plus rares. Pire : on l’associe souvent à la paresse.

Le livre du DWalker dénonce cette culture, particulièrement présente en Amérique du Nord, qui glorifie la capacité de résister à la fatigue et d’aligner les quarts de travail les uns après les autres – alors qu’elle dénote en fait l’ignorance et l’irresponsabilité.

Ironiquement, cette attitude est particulièrement présente dans le monde de la santé. Les gardes prolongées des médecins et les heures supplémentaires obligatoires des infirmières sont considérées comme normales. Or, des études ont montré qu’un chirurgien a 170 % plus de chances de commettre une erreur grave en pleine opération s’il a dormi moins de six heures la nuit précédente.

Évidemment, ceux qui tiennent à bout de bras les CHSLD et les hôpitaux surchargés liront probablement notre appel avec un soupir d’exaspération. Dormir alors qu’il manque plus de 7200 employés dans le réseau de la santé à cause de la COVID-19 et que le système est à un cheveu d’un débordement ?

Nous en sommes conscient : ceux qui ont le plus besoin de fermer les yeux ces temps-ci n’en ont peut-être pas la possibilité. C’est tragique. Le moment n’est sans doute pas idéal pour instaurer une révolution culturelle dans le réseau de la santé, mais il faudra un jour y penser.

Avoir favorisé un meilleur repos de ceux qui sont au front pendant la pandémie aurait certainement contribué à réduire l’absentéisme. Cet absentéisme qui surcharge et épuise ceux qui restent… créant un véritable cercle vicieux.

Cette importance du repos, une organisation l’a comprise avant toutes les autres : la NASA. Le sérieux qu’elle porte au sommeil s’est notamment transmis au transport aérien et à l’industrie du camionnage. Le mouvement doit s’étendre. Une infirmière qui administre le mauvais médicament au mauvais patient provoque des effets moins spectaculaires qu’un semi-remorque qui percute un pylône. Mais ça peut être tout aussi tragique.

* * *

Deux études publiées récemment dans la revue Current Biology montrent que la fermeture des écoles et le télétravail pendant le confinement du printemps ont augmenté le temps de sommeil chez la plupart des gens. Mais le stress engendré par la pandémie en a dégradé la qualité.

Les solutions les plus efficaces pour mieux dormir ? Éviter les écrans 30 minutes avant d’aller au lit et se coucher et se lever à des heures régulières. C’est à la fois terriblement simple… et si difficile à implanter.

Si on dormait là-dessus ?