Vous avez hâte au repas de Noël, en virtuel ou en présentiel, mais vous appréhendez les inévitables chicanes de famille suscitées par l’actualité et la politique ? Armez-vous de cette liste de sujets et de comportements à éviter pour cette soirée, concoctée sans trop de sérieux par notre équipe éditoriale.

Pas de chevreuil dans la tourtière

Chaque année, les chasseurs québécois tuent plus de 40 000 cerfs de Virginie sans faire hurler dans les chaumières. Pourtant, l’abattage projeté d’une quinzaine de ces bêtes au parc Michel-Chartrand, à Longueuil, a soulevé une crise nationale, forçant la Ville de Longueuil à reculer — même si les experts l’appuyaient unanimement et que la viande des chevreuils tués allait être distribuée à des banques alimentaires. Trop nombreux, les cerfs posent une menace à l’écosystème du parc, ils risquent aussi de provoquer des accidents, et il y a de fortes chances qu’ils ne survivent pas à leur déménagement, solution qui a été finalement retenue par l’administration municipale. Devant cette vague d’amour à l’endroit de nos amis les chevreuils, devant le débat virulent que cette affaire a soulevé, faisant monter aux barricades l’avocate Anne-France Goldwater, mieux vaut éviter d’en servir à Noël. Vous ne voulez quand même pas voir le regard candide de Bambi dans votre assiette… — Agnès Gruda

Ne faites pas vos recherches…

Une phrase à éviter à tout prix entre la dinde et la bûche de Noël : « Faites vos recherches… » Cette phrase code sous-entend que lorsque vous affirmez que la Terre est ronde, que la pandémie existe et que vous remettez en question l’existence d’un complot pédophile satanique mené par les élites mondiales, eh bien, c’est simplement parce que vous ne vous êtes pas assez renseignés. Le mouvement QAnon ayant engendré une virulente pandémie conspirationniste qui s’est accélérée en temps de confinement, votre cousin ou votre tante ont peut-être vu la lumière au fond de leur ordinateur. S’ils vous lancent « Fais tes recherches », au lieu de répondre, pratiquez l’esquive. Par exemple, en leur passant le plat de tourtière (sans chevreuil.) Vous ne voulez quand même pas que votre unique repas familial de l’année se termine dans une conflagration générale qui risque de mener à des ruptures. — Agnès Gruda

Éviter l’expression « racisme systémique »

Quoi de mieux pour partir une chicane que de parler de racisme systémique ? Le gouvernement Legault se sera entêté cette année à ne pas reconnaître le phénomène, pourtant bien documenté et reconnu autant par les corps policiers que Justin Trudeau et Valérie Plante. On ne veut pas remettre de l’huile sur le feu, mais rappelons que si on veut changer les choses, il faudra bien en venir à nommer le problème. Rappelons aussi que systémique ne veut pas dire systématique. Reconnaître que le système ne traite pas tout le monde sur un pied d’égalité ne veut pas dire que les Québécois sont racistes. À CV égal, un Mohamed a moins de chance d’obtenir une entrevue d’embauche qu’un Jean-François. On ne blâme personne en particulier pour cet état de fait largement dû à des biais inconscients, mais qui reste inacceptable. À la base de la controverse, on perçoit un énorme malentendu et une peur d’être jugé. — Philippe Mercure

Ne pas parler de la loi 21

Autre sujet de discorde automatique, toute mention de la loi 21 sur la laïcité de l’État demeure explosive. En novembre, une enseignante, Ichrak Nourel Hak, a ouvert le bal d’une contestation judiciaire de cette loi qui s’annonce longue. Coiffée d’un hijab, la femme a expliqué qu’il était pour elle inconcevable de retirer un tel signe religieux pour enseigner et que l’obligation de le faire l’amenait à se sentir « exclue de la société québécoise ». Plusieurs groupes et associations promettent d’attaquer la loi sur tous les fronts. Leur bataille s’annonce toutefois difficile, puisque la CAQ a eu recours à la disposition de dérogation aux chartes des droits pour la protéger. Impossible, donc, de plaider que la loi 21 brime la liberté de religion. Entre deux bouchées de dinde, on pourra songer que restreindre les droits d’une minorité ne devrait jamais se faire à la légère, et surtout pas en invoquant le désir de la majorité comme l’a fait François Legault. — Philippe Mercure

La Suède

Vous allez peut-être vous régaler en mangeant du ragoût de boulettes pendant les Fêtes. Si ça se trouve, vous aurez alors une pensée pour les boulettes suédoises, spécialité en vente dans la section alimentaire d’IKEA. Mais de grâce, ne le dites pas tout haut ! Certains de vos convives, à travers leurs écrans interposés, en profiteraient sûrement pour mettre sur le tapis l’approche suédoise face au coronavirus. Et ça, oh alors ça, vous voulez éviter à tout prix. Aucun autre pays n’a, à ce sujet, autant déchaîné les passions que celui qui, à une époque plus heureuse, a vu naître le groupe Abba. Plusieurs restent sous l’impression qu’en Suède, on fait comme si le virus n’existait pas. Qu’on n’applique presque aucune mesure restrictive. Mais la vérité est beaucoup plus nuancée. Et les résultats sur le terrain sont nettement moins reluisants que ne le prétendent généralement, ici, les défenseurs de la stratégie suédoise. Bref, ne vous aventurez pas sur ce terrain miné ! — Alexandre Sirois

Le virus

Il faudra beaucoup de volonté pour éviter d’en parler à Noël. Mais on aurait tout avantage à essayer ! Le coronavirus, qui a déjà fait plus de 1,5 million de morts sur la planète, a non seulement donné l’impression a trop de monde que 2020 était la pire année de leur vie, mais a aussi occupé la quasi-totalité de l’espace médiatique au cours des derniers mois. C’est parfaitement normal, bien sûr. Mais c’est aussi terriblement anxiogène. Sur le plan de la santé mentale, c’est atroce. Alors si on se donnait comme mot d’ordre, à tout le moins pendant les quelques heures que durera le réveillon, de ne pas en parler, ça nous permettrait de remporter une bataille alors que la guerre se poursuit. Nous ne sommes pas impuissants face à ce virus. Et le tenir — le plus possible — à l’écart de nos conversations des Fêtes, serait une bonne façon de se le rappeler. — Alexandre Sirois