On se souvient tous de ce que les experts en santé publique ont démontré au sujet de la première vague de la COVID-19 au Québec : la semaine de relâche a joué un rôle déterminant dans la propagation du virus.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Est-ce qu’on s’apprête à jouer dans le même film au cours des prochaines semaines ?

Difficile de ne pas avoir en tête ce scénario catastrophe quand on entend parler des nombreux Québécois qui quittent le pays pour le temps des Fêtes.

Et tout particulièrement ceux qui vont célébrer bien au chaud dans un tout-inclus. On a encore à l’esprit les éclosions dramatiques dans des bateaux de croisière au début de la pandémie.

Bon, on comprend que les protocoles sanitaires seront vraisemblablement plus rigoureux qu’au printemps dans les tout-inclus, mais il reste que sur place, on forme généralement une bulle avec… plusieurs centaines de personnes.

Le milieu est propice à la contagion.

Dès la fin du mois de novembre, d’ailleurs, François Legault avait prévenu que prendre des vacances dans un « tout-inclus avec ben du monde », c’était une mauvaise idée.

« Des gens vont être malades et occuper des lits dans nos hôpitaux et faire travailler davantage le personnel du réseau de la santé », avait-il dit.

C’est à peu de choses près ce que répète depuis quelques jours le chef de l’unité des soins intensifs à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, François Marquis, qui a parlé à Radio-Canada de « l’épouvantable tricherie des voyages dans le Sud ».

Ces voyageurs pensent à maximiser leur bonheur et font vraisemblablement peu de cas des conséquences de leurs gestes en matière de santé publique.

Et ce qui rend ces escapades encore plus difficiles à avaler, c’est qu’ici, la majorité des Québécois vont se plier aux directives gouvernementales les plus strictes des derniers mois.

Tous les commerces non essentiels seront fermés. Personne ne va recevoir ses proches à la maison. On pourra voir certaines personnes de loin, à l’extérieur, par exemple en allant marcher avec elles dans un parc, en portant un masque.

Le respect des règles sanitaires s’impose d’autant plus que le Royaume-Uni vient de sonner l’alarme quant à la découverte d’une nouvelle variante du coronavirus, dont la contagiosité semble nettement plus élevée.

Et même si Ottawa vient de suspendre les vols en provenance du Royaume-Uni, cette variante préoccupante s’est peut-être déjà propagée un peu partout sur la planète. On a le regret de vous annoncer que, non, les tout-inclus ne sont pas à l’abri…

Mais une fois qu’on a dit tout ça, on fait quoi ? Les billets sont achetés. Plusieurs avions ont déjà décollé.

On peut tenter de se consoler en se disant qu’il y a vraisemblablement moins de Québécois qui voyagent qu’il y a huit mois. Et que cette fois, la proportion du nombre de cas liés aux voyages par rapport au total quotidien devrait donc être moins élevée qu’au printemps ; il y a (hélas) déjà plus de 2000 nouveaux cas par jour au Québec.

Cela étant dit, contrairement à la situation au début de l’épidémie, « notre système de santé est à genoux et les soins intensifs sont pleins », nous a expliqué le DMarquis.

Or, comme on ne peut plus intervenir en amont, il faut le faire en aval.

Il est impératif pour Ottawa de trouver rapidement des mesures plus contraignantes qui permettront de faire respecter la quarantaine obligatoire imposée aux voyageurs qui entrent au pays. Sans oublier les nombreux membres des familles canadiennes qui habitent à l’étranger et qui déferlent actuellement sur notre territoire.

Alors qu’on serre la vis à tous ceux qui restent ici, il serait indécent de se contenter de demi-mesures pour les voyageurs.