On en aura déchiré, des chemises, sur le prétendu retard du Canada à acquérir des vaccins contre la COVID-19.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Au moment où des milliers d’aiguilles piquent maintenant chaque jour des milliers de bras au pays, rappelons-nous les propos outrés du chef conservateur Erin O’Toole.

C’était il y a trois semaines, à la Chambre des communes. Le Canada, clamait M. O’Toole, était « le dernier dans la file » aux vaccins. Il disait aux Canadiens qu’ils n’obtiendraient leurs doses « qu’en 2023 ».

Le chef conservateur avait calculé, on ne sait trop comment, que 2,7 milliards de Terriens seraient vaccinés avant les Canadiens. Il est allé jusqu’à dire que le gouvernement de Justin Trudeau mettait des « vies en danger » par son inaction.

PHOTO JOHN WOODS, LA PRESSE CANADIENNE

« Il semble finalement que la distribution des vaccins, malgré la difficulté de maintenir la chaîne de froid, est menée rondement en collaboration avec les provinces », note Philippe Mercure.

On savait déjà à l’époque que M. O’Toole jouait à faire peur au monde. Le Canada avait signé des ententes avec sept fabricants de vaccins, dont les deux meneurs de la course. Mais le chef de l’opposition continuait de prétendre que le Canada avait « mis tous ses œufs dans le panier de la Chine », en référence au partenariat avec l’entreprise chinoise CanSino.

Le PDG de Moderna a eu beau assurer qu’une partie des premiers lots prendrait le chemin du Canada, M. O’Toole continuait d’agiter des épouvantails.

Pour un politicien qui avait promis de travailler « de façon constructive » avec le gouvernement pendant la pandémie, avouons que c’est raté. Le Bloc québécois et le NPD ne se sont d’ailleurs pas gênés pour le suivre.

Alors que le vaccin n’était pas encore approuvé par Santé Canada et que Pfizer évaluait toujours ses capacités de fabrication et de distribution, l’opposition exigeait de savoir combien de doses seraient livrées où, quel jour exactement, et avec la couleur de la casquette du livreur (on exagère à peine).

Maintenant que le Canada est parmi les tout premiers au monde à vacciner ses citoyens contre la COVID-19, reconnaissons que quelque chose, quelque part, a bien dû être fait correctement.

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Donnons au gouvernement Trudeau ce qui lui revient. De toute évidence bien conseillé par son fameux comité d’experts, le gouvernement a signé les bonnes ententes avec les bons fabricants.

La proactivité de Santé Canada est plus étonnante. Comment a-t-elle pu approuver le vaccin de Pfizer avant ses homologues des États-Unis et de l’Europe ? « On est juste meilleurs ! », a lancé à la blague Supriya Sharma, conseillère médicale principale chez Santé Canada, en conférence de presse.

Disons que ça n’a pas toujours été le cas. Le Fraser Institute a déjà montré que les temps d’approbation des nouveaux médicaments au Canada sont généralement plus longs qu’aux États-Unis et en Europe. Mais réputée pour sa bureaucratie et sa lenteur, Santé Canada a répondu à l’urgence. La stratégie d’évaluer les données du vaccin au fur et à mesure, plutôt que d’attendre le dossier en bloc, était judicieuse.

Il semble finalement que la distribution des vaccins, malgré la difficulté de maintenir la chaîne de froid, est menée rondement en collaboration avec les provinces. On ignore si confier la tâche au major-général Dany Fortin était une stratégie politique visant à détourner les blâmes en cas de ratés, mais jusqu’à maintenant, elle s’avère fructueuse.

L’armée canadienne connaît un truc ou deux sur la logistique des déploiements complexes. Et le maintien militaire du major-général inspire confiance. On se dit qu’un homme capable d’aligner toutes ces épinglettes sur sa veste avec un tel ordre n’est pas du genre à laisser un détail en plan.

Répétons-le : les Canadiens sont parmi les premiers au monde à recevoir le vaccin contre la COVID-19. La moindre des choses serait de reconnaître que nous sommes privilégiés.