La contribution de Claude Castonguay à la société québécoise, on l’a dit, est gigantesque. Mais la pierre angulaire de son héritage est sans conteste le système de santé universel.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Comme Jacques Parizeau avec la Caisse de dépôt et placement, Robert Bourassa avec le développement hydro-électrique ou Pauline Marois avec le réseau de CPE, c’est cette immense pierre à l’édification du Québec moderne qui restera associée à son nom.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Claude Castonguay

Ce système de santé plein de défauts qu’on aime haïr et qui montre particulièrement ses limites depuis le printemps. Mais ce système qu’on tient aussi pour acquis et dont, malgré tout, on ne voudrait pas se passer.

Pour s’en convaincre, on n’a qu’à jeter un œil à ce qui se passe actuellement au sud de la frontière, où un tel système universel n’existe pas. En pleine pandémie, la comparaison montre l’ampleur du legs de M. Castonguay et la justesse de cette idée de mettre nos ressources en commun pour soigner nos malades.

Cela fait aussi réaliser l’importance de préserver l’héritage de ce grand bâtisseur en nous assurant que ce réseau malheureusement mal-aimé soit bien financé, bien dirigé et adapté aux réalités d’aujourd’hui.

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Quand la COVID-19 a frappé les États-Unis, on estime qu’environ un Américain sur dix n’avait aucune couverture d’assurance en santé. Des millions d’autres ont subitement perdu la leur : celle-ci était liée à leur emploi, et ils ont perdu ce dernier dans la crise.

Un nombre encore plus important d’Américains sont qualifiés de « sous-assurés ». Ils possèdent bien une assurance, mais les franchises et les trous dans leur couverture font en sorte qu’ils hésitent à demander des soins.

Résultat : pendant que la pire crise sanitaire de l’histoire moderne s’installait, une part importante de la population américaine n’avait pas le réflexe de se faire tester contre la COVID-19. Ces gens n’avaient pas non plus les moyens de se faire soigner, alors même que leur risque de tomber malade n’avait jamais été aussi grand. Pour trop d’Américains, un séjour aux soins intensifs équivaut à une faillite personnelle.

Sans surprise, les gens mal couverts sont les plus vulnérables et donc les plus susceptibles d’attraper la COVID-19 et de souffrir de comorbidités empirant la maladie. Une iniquité intolérable.

Le gouvernement américain a réagi en injectant pas moins de 100 milliards US dans l’industrie de la santé pour l’aider à tester et à soigner les non-assurés. Une situation qui a amené la médecin américaine Amy Faith Ho à écrire dans le Los Angeles Times que les États-Unis ont maintenant, pour la première fois de leur histoire, un système de santé universel. Un système temporaire… couvrant une seule maladie.

Les études s’empilent pour montrer à quel point l’absence d’un véritable système universel de santé a nui à la réponse américaine contre le virus. Le fait qu’on ait dû en bricoler un d’urgence prouve toute sa nécessité.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant d’apprendre que les premiers systèmes de santé publics ont émergé dans les villes européennes au XVIIe siècle pour mieux répondre à la menace… des maladies infectieuses.

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En ces temps de COVID-19, on peut donc dire merci au père de l’assurance maladie. Le système de soins universels que nous a laissé Claude Castonguay est l’un des piliers de notre société.

Un pilier certes lézardé, qui ploie sous le poids de ce qu’il porte. Mais un pilier quand même.

Ce pilier, on se doit de l’entretenir et de le réparer. Concrètement, ça veut dire se battre pour qu’Ottawa en finance sa juste part. Ça veut aussi dire bien payer les gens qui y travaillent – et pas que les médecins – pour qu’il soit attrayant. Ça signifie finalement faire attention quand on le secoue à coups de réformes. On constate aujourd’hui à quel point il est fragile… mais aussi nécessaire.

Claude Castonguay nous a légué un système de santé en héritage. À nous de le préserver.