Les histoires d’horreur se sont multipliées dans les CHSLD depuis le début de la pandémie et ont été abondamment documentées par les médias.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Le rapport préliminaire de la protectrice du citoyen, en les résumant, fait néanmoins œuvre utile. Il nous aide à prendre encore un peu plus la mesure de notre échec.

« À cause du manque d’équipement, nous avons dû parfois choisir entre deux patients en détresse respiratoire pour savoir à qui nous allions appliquer le protocole de soins. C’était insoutenable. J’ai dû faire une thérapie à cause de cela », raconte ainsi un des témoins interrogés dans le cadre de l’enquête.

Plusieurs ont été soumis au « choix déchirant de devoir fournir des soins de confort de fin de vie à une personne plutôt qu’à une autre », révèle le rapport, publié jeudi.

C’est atroce.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

La protectrice du citoyen a qualifié les CHSLD d’« angle mort de la préparation à la pandémie ».

Et l’envie de trouver des coupables – et de les punir – est difficile à contrôler. Nous aborderons cette question plus loin.

Revenons d’abord sur le diagnostic posé par la protectrice du citoyen, qui qualifie les CHSLD d’« angle mort de la préparation à la pandémie ».

Marie Rinfret rappelle qu’on avait décidé de privilégier le réseau hospitalier, au Québec, bien avant qu’on se mette à parler de courbe à aplatir.

Afin d’accroître la marge de manœuvre des centres hospitaliers, des CHSLD ont été mis à contribution pour accueillir rapidement et massivement des personnes hospitalisées.

Extrait du rapport préliminaire de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret

Cette décision fut le socle, en quelque sorte, sur lequel s’empilèrent rapidement beaucoup d’autres défaillances et complications qui n’ont fait qu’aggraver la crise.

Le fait que le réseau souffrait d’une grave pénurie de personnel.

Le fait que ce manque de ressources, qui s’est accentué rapidement, a empêché l’interruption des déplacements entre les zones froides et chaudes à l’intérieur des CHSLD et entre les divers établissements.

Le fait qu’il n’y avait pas de culture de prévention et de contrôle des infections dans les CHSLD.

Le fait que les équipements de protection étaient insuffisants (contrairement à ce que le gouvernement soutenait à l’époque).

Et pour couronner le tout, le fait que la réforme de la santé avait privé ces établissements de gestionnaires.

En somme, c’est tout un sac de sable qui a été versé d’un seul coup dans un engrenage qui manquait déjà d’huile depuis longtemps.

Ce mécanisme, il faut le rappeler, est en train d’être remis à neuf. Les cinq « priorités d’action » sur lesquelles la protectrice du citoyen a insisté jeudi (voir ci-dessous) ont toutes été mises en œuvre par Québec au cours des derniers mois.

Le gouvernement a tiré des leçons de ce drame. Bravo ! Mais aurait-il pu faire davantage pour le prévenir ?

C’est la question la plus épineuse et ce rapport préliminaire n’y répond pas.

Tentons ici de mieux cadrer le débat.

Les circonstances sont atténuantes. Pour au moins deux raisons.

Premièrement, le réseau était dans un état pitoyable lorsque la pandémie a frappé. Les soins de longue durée étaient maintenus dans un état de sous-financement chronique, la pénurie de personnel était préoccupante et la chaîne de commandement avait été affaiblie par la réforme de la santé.

Deuxièmement, « la méconnaissance de la COVID-19 a fait en sorte que des CHSLD n’ont eu d’autre choix que de mettre en place des plans existants en matière de gestion d’une épidémie d’influenza », précise le rapport.

La menace posée par ce virus, invisible et vicieux, a été sous-évaluée.

On n’avait, par exemple, pas prévu que la contamination allait s’étendre de façon aussi fulgurante, tant aux usagers et usagères qu’aux membres du personnel et aux gestionnaires.

Extrait du rapport préliminaire de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret

Sachant tout ça, est-ce que la décision de transférer des patients vers les CHSLD était la bonne, selon les informations alors disponibles ? Est-ce qu’on a eu tort d’empêcher les proches aidants d’avoir accès aux établissements dans le but de prévenir davantage d’infections ? Est-ce qu’on aurait été en mesure de commander plus d’équipement médical de protection, plus rapidement ?

Le portrait sera vraisemblablement plus clair l’an prochain, lorsque le rapport complet sera publié par la protectrice du citoyen. Mais en raison des nombreux facteurs atténuants, permettons-nous déjà une prédiction : il sera nuancé.

Les cinq priorités d’action

1. Centrer les soins et les services en CHSLD sur les besoins des usagères et des usagers en misant sur l’humanisation des soins et la valorisation des personnes proches aidantes.

2. Assurer la stabilité des effectifs et la présence de personnel en nombre suffisant dans les CHSLD.

3. Poursuivre la mise en place, dans chaque CHSLD, d’une ou d’un gestionnaire de proximité en mesure d’exercer un leadership local fort.

4. Implanter dans les CHSLD une culture rigoureuse en matière de prévention et de contrôle des infections qui soit connue de tous et toutes.

5. Renforcer les canaux de communication, tant sur plan local et régional que national, pour diffuser des informations et des directives claires et faciliter le partage des meilleures pratiques.