Face à la tempête que provoque la COVID-19, le gouvernement fédéral se comporte comme un sauveteur qui lance des bouées dans toutes les directions.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Cette approche a un grand avantage : ceux qui ont besoin d’aide parviennent à se raccrocher à quelque chose. C’est essentiel.

Mais elle a aussi des effets pervers. Des Canadiens bénéficient d’une aide dont ils n’ont pas besoin. Dans le cas des entreprises en train de couler, il arrive que la bouée ne soit pas de la bonne taille ou de la bonne forme. Et pendant que la capitaine Freeland distribue son aide à tout vent, les provinces, elles, attendent toujours un coup de pouce plus nécessaire que jamais.

Au début de la crise, l’approche des libéraux se justifiait parfaitement. Il fallait aider vite, quitte à ratisser trop large.

Mais neuf mois après le déclenchement de la pandémie, retrouver encore de tels réflexes dans la mise à jour économique dévoilée lundi par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, est préoccupant. On peut même se demander si le fédéral n’est pas en train de profiter de la crise pour s’acheter la sympathie des électeurs… avec des moyens qu’il n’a pas.

PHOTO BLAIR GABLE, REUTERS

À la lumière de la mise à jour économique dévoilée lundi par la ministre des Finances Chrystia Freeland et le premier ministre Justin Trudeau, on peut même se demander si Ottawa n’est pas en train de profiter de la crise pour s’acheter la sympathie des électeurs… avec des moyens qu’il n’a pas.

***

Une analyse produite par la Banque CIBC montre que pour chaque dollar perdu sur le marché du travail ce printemps, le gouvernement fédéral a donné… 2,25 $ aux ménages canadiens. Résultat : en pleine crise, le revenu disponible des familles a bondi de 11 % – du jamais-vu, et de loin, même en période de boom économique.

Serge Coulombe, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, parle d’une « surdose » d’aide.

Le revenu disponible a un peu redescendu cet été, signe qu’il y a eu un certain resserrement. Mais il reste historiquement très élevé.

Bien sûr, mieux vaut trop aider que pas assez. Mais sachant qu’on renfloue déjà des gens qui n’en ont pas besoin, voir le fédéral annoncer lundi qu’il enverra de nouveaux chèques de 600 $ par enfant aux ménages qui gagnent plus de 120 000 $ par année est injustifiable.

On peut aussi se poser des questions sur cette somme de 5000 $ offerte à ceux qui feront des rénovations écoénergétiques. Personne n’est contre l’efficacité énergétique. Mais parions que ce ne sont pas les gens qui font la file devant les banques alimentaires après avoir perdu leur emploi qui changeront leurs fenêtres l’an prochain. Sans compter qu’une telle mesure est conçue pour stimuler le secteur de la construction… qui n’en a pas besoin.

Le même manque de ciblage s’observe dans l’aide aux entreprises. Ottawa continue d’aider à payer les salaires et le loyer des entreprises en difficulté, tous secteurs confondus. Ces programmes généraux aident bien sûr les entreprises frappées par la COVID-19. Mais elles soutiennent aussi sans doute certains canards boiteux qui éprouvent des difficultés pour toutes sortes d’autres raisons. Est-ce vraiment le rôle du gouvernement d’aider aussi longtemps toutes les entreprises qui vont mal ?

Les secteurs frappés par la COVID-19 sont pourtant peu nombreux et bien connus : la restauration, l’hôtellerie, la culture, le transport aérien. On peut penser que des programmes ciblés auraient été plus efficaces et mieux adaptés à ces industries.

Des efforts ont été faits, notamment en culture et pour le transport régional. Mais les hôteliers et restaurateurs se sont fait offrir des prêts qui correspondent mal à leur réalité, et les grands transporteurs aériens attendent toujours une aide.

Pendant que le fédéral distribue les cadeaux, il oublie aussi encore et toujours les provinces. Ce sont pourtant elles qui devront corriger les lacunes des systèmes de santé et d’hébergement des aînés exposées par la COVID-19. Et elles n’ont pas la capacité de générer de la dette comme le fédéral.

Les déficits annoncés lundi par Mme Freeland, s’ils paraissent colossaux, sont presque condamnés à être encore plus imposants en réalité. D’abord, parce qu’il faudra vraisemblablement prolonger les mesures d’aide au-delà du mois de mars. Ensuite, parce que ces déficits n’incluent ni les programmes de relance dont on attend les détails au printemps ni l’aide au secteur aérien qui finira bien par arriver.

Une raison de plus de mieux cibler l’aide afin qu’elle se dirige vers les poches qui en ont réellement besoin.