Tout compte fait, l’Alberta n’a pas trouvé de formule magique qui lui aurait permis à la fois d’éviter la flambée des contaminations ET d’embêtantes restrictions.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Normal…

Il n’y en a pas !

C’est ainsi que le premier ministre Jason Kenney s’est vu forcé, cette semaine, de déclarer l’état d’urgence sanitaire et d’instaurer de nouvelles mesures pour tenter, lui aussi, d’aplatir la courbe.

Il n’avait pas le choix.

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Une femme marche devant le parlement de l’Alberta, à Edmonton

Sa province est frappée de plein fouet par la deuxième vague.

L’Alberta se dispute, avec le Manitoba, la tête du classement des provinces quant au nombre de nouveaux cas.

On parle d’une moyenne, sur sept jours, de 280 et 308 cas par million d’habitants pour l’Alberta et le Manitoba respectivement. À titre de comparaison, cette moyenne est de 138 cas par million d’habitants pour le Québec.

Et la croissance exponentielle des cas en Alberta s’accompagne non seulement d’une hausse des décès, mais elle a aussi plongé les hôpitaux dans une situation inquiétante.

Le pire, c’est que tout ça ne date pas d’hier.

Cela faisait un peu plus de deux semaines que des groupes de médecins écrivaient à Jason Kenney (au moins trois lettres ont été diffusées) pour réclamer des mesures plus strictes et davantage de leadership de la part du gouvernement.

Le problème, c’est que le premier ministre albertain semble être atteint du même syndrome que celui qui touche plusieurs gouverneurs d’États américains, pour qui les mots « mesures de santé publique » riment avec dictature.

Mais Jason Kenney, comme d’autres avant lui, vient d’être rattrapé par la réalité.

Ils finissent tous – ou presque – par voir la lumière.

Par se rendre compte que partout, les mêmes causes ont les mêmes effets.

Et par comprendre que si on refuse d’appliquer certaines des mesures de santé publique qui ont fait leurs preuves, du port du masque aux limites sur les rassemblements intérieurs, la situation va continuer à se détériorer.

En lien avec ce constat, permettez-nous d’ouvrir une parenthèse ici pour partager avec vous une observation : avez-vous remarqué que ceux qui défendaient bec et ongles l’approche de la Suède sont moins bruyants depuis que le pays enregistre quelques milliers de nouveaux cas chaque jour et serre un peu plus la vis ?

En fait, les dirigeants qui s’entêtent à penser qu’on fait fausse route en ne mettant pas assez l’accent sur la santé économique et la santé mentale découvrent généralement que plus l’épidémie progresse sur leur territoire, plus l’anxiété augmente et moins l’économie se porte bien.

D’où l’idée, à laquelle même Jason Kenney a dû se résoudre, de prioriser l’urgence sanitaire.

Une question demeure, toutefois : les mesures annoncées par l’Alberta seront-elles suffisantes pour ralentir suffisamment la circulation du virus et éviter la catastrophe redoutée par de nombreux médecins ?

Notons d’abord que certaines ressemblent à celles en place au Québec. Interdire les rassemblements intérieurs et encourager les Albertains à travailler de la maison, par exemple. On va aussi fermer certains établissements comme les salles de concert et rendre le port du masque obligatoire sur les lieux de travail (à Edmonton, Calgary et dans les environs).

Par contre, les restaurants et les bars vont demeurer ouverts. C’est plutôt les écoles qu’on va fermer.

Les jeunes de la septième à la douzième année (grosso modo, l’équivalent du secondaire et du début du cégep) vont devoir passer à l’école en ligne jusqu’au début du mois de janvier.

Bref, un élève pourrait rencontrer son enseignant au resto ou dans un bar s’il a des fausses cartes… mais pas à l’école !

En Alberta et nulle part ailleurs !

Évidemment, on souhaite que les mesures préconisées par l’ancien ministre de Stephen Harper soient couronnées de succès.

On se permettra néanmoins d’observer que les déboires de l’Alberta nous rappellent que le laxisme n’a jamais donné de très bons résultats depuis qu’on lutte contre ce virus.