Comment minimiser les risques de transmission de la COVID-19 en plein hiver, quand même les classes munies de fenêtres fonctionnelles seront difficiles à aérer ?

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

La commission scolaire Lester B. Pearson, dans l’ouest de Montréal, n’a pas attendu les directives de Québec pour se retrousser les manches. Dans l’urgence, elle s’est peut-être retrouvée avec une note trop salée, mais au moins, elle a bougé.

Dès la semaine prochaine, les 16 écoles de son territoire qui ne disposent pas d’un système de ventilation adéquat seront équipées de purificateurs d’air, question de neutraliser les aérosols potentiellement contagieux.

Il y aura un filtreur par classe, pour un total de 420 appareils qui seront installés progressivement d’ici un mois. Parallèlement, l’organisme mène un projet pilote dans une école où des détecteurs de CO2 permettront de mesurer la qualité de l’air avant et après l’ajout d’un purificateur.

Cette opération ne remplacera pas les moyens déjà mis en place, comme le port du masque. Elle ajoutera une « dernière ligne de défense » contre le coronavirus, souligne la directrice adjointe Carol Heffernan. Objectif : limiter les éclosions et s’assurer que les écoles pourront rester ouvertes aussi longtemps que possible. Même par un froid de canard.

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Controversé dans les premiers mois de la pandémie, le risque de contracter la COVID-19 par l’entremise des aérosols – particules ultrafines qui restent en suspension et peuvent se déplacer plus loin que les gouttelettes – fait aujourd’hui l’unanimité.

Tout comme le rôle préventif de la ventilation et des appareils de purification d’air.

Des preuves ?

« La ventilation en plus de la filtration de l’air pourraient être des mesures importantes pour atténuer la transmission intérieure du SRAS-COV-2 », affirme un rapport d’experts publié en septembre par le Bureau de la scientifique en chef du Canada, Mona Nemer.

« Les dispositifs de filtration mobiles correctement sélectionnés […], déployés et entretenus peuvent s’avérer efficaces pour réduire les concentrations d’aérosols de l’air intérieur », écrit l’Institut national de santé publique du Québec.

PHOTO DANIEL ROLAND, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le gouvernement allemand a entendu le message et a entrepris dès septembre de s’attaquer aux systèmes de ventilation de ses bâtiments publics, dont ses écoles. Cette école de Mayence a ainsi mis en place un système artisanal qui s’est avéré particulièrement efficace en éliminant 90 % des aérosols dans la classe.

Une analyse de l’École de santé publique de l’Université Yale mentionne elle aussi les filtreurs d’air mobiles comme moyen d’améliorer la qualité de l’air dans les écoles.

Le gouvernement allemand a entendu le message et a entrepris dès septembre de s’attaquer aux systèmes de ventilation de ses bâtiments publics. Les écoles qui n’ont pas de système de ventilation adéquat doivent se procurer des purificateurs d’air mobiles.

Les avis scientifiques sont là, les moyens existent, il est possible d’agir, comme le prouve l’exemple de la Commission scolaire Lester B. Pearson.

Pendant ce temps, le Centre de services scolaire de Montréal estime que son mandat est de « s’occuper de pédagogie » et attend des directives de Québec avant de prendre le problème de front.

Avec tout ce qu’on sait, on ne peut vraiment pas agir en amont ?

Surtout que le gouvernement Legault continue à tergiverser et à consulter des experts.

En conférence de presse, le directeur de santé publique Horacio Arruda a indiqué que ces derniers pourront « examiner s’il existe des technologies qui pourraient être mises en place pour aider » à corriger le problème.

Vraiment ? On en est encore là ? Quand on sait que les deux tiers des écoles québécoises n’ont pas de ventilation adéquate ?

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Comme le prouve l’offensive d’aération menée par la commission scolaire Lester B. Pearson, comme le prouvent les avis cités précédemment : les technologies de purification d’air existent. Leur coût est relativement raisonnable. Autour de 1000 ou 1200 $ par appareil, environ 90 millions de dollars si on équipait l’ensemble des écoles de la province, selon une estimation de Québec solidaire qui en a fait une proposition formelle à l’Assemblée nationale à la mi-novembre.

Les partis de l’opposition ont appuyé la proposition. Pas la CAQ.

Peut-être craint-on de devoir payer la facture. Sauf que l’inaction a un prix, elle aussi. Avec l’hiver qui est à nos portes, avec 1200 classes fermées pour cause d’éclosion de COVID-19, on n’a pas le luxe de se priver d’une ligne de défense supplémentaire.