Non, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, n’a pas pu nous expliquer en détail jeudi comment la province retrouvera l’équilibre budgétaire dans cinq ans après avoir essuyé sa pire crise économique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Difficile de le lui reprocher. Dans un monde où on ignore largement de quoi le prochain mois sera fait, prédire l’état de l’économie en 2025-2026 aurait relevé davantage de la devinette que de la science économique. D’où cette mise à jour économique qui voit trois ans en avant au lieu des cinq ans habituels et qui laisse donc certaines questions en suspens.

Mais en écoutant M. Girard rappeler l’ampleur des sacrifices qu’ont faits les Québécois pour atteindre l’équilibre budgétaire et marteler l’importance de retrouver cet équilibre, on sentait une fermeté rassurante.

Une volonté, malgré une injection d’argent aussi inédite que nécessaire dans l’économie, de garder un œil sur le robinet et de planifier sa fermeture.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard

Le contraste est frappant avec ce qui se passe à Ottawa, où la valse des milliards se fait avec une insouciance autrement plus inquiétante. Dans son rapport publié la semaine dernière, le directeur parlementaire du budget montre qu’Ottawa a même perdu le compte de tout ce qu’il dépense !

« Il n’existe actuellement aucun document gouvernemental public publié offrant une liste exhaustive de toutes les mesures annoncées à ce jour ou des estimations de coûts mises à jour. Cela fait qu’il est difficile de tenir compte de toutes les différentes mesures que le gouvernement a annoncées », écrivait-il.

La mise à jour économique de Québec démontre aussi toute la pertinence d’équilibrer le budget quand les choses vont bien – un autre contraste entre Québec et Ottawa. Pendant que l’économie tournait à plein régime avant la pandémie, Québec a engrangé des provisions. Résultat : le déficit historique de 15 milliards prévu cette année a été atténué de 12 milliards grâce à la réserve de stabilisation. Un sacré coup de pouce.

À Ottawa, pendant ce temps, on avait renoncé à toute tentative de planifier un retour à l’équilibre même par période de beau temps. Pas étonnant qu’on perde le contrôle quand la tempête débarque.

Ces différences ne sont évidemment pas seulement attribuables à la personnalité des politiciens. Québec s’est doté de lois qui interdisent les déficits en temps normaux et obligent à retrouver l’équilibre en cinq ans lorsqu’on est forcé d’en creuser en temps de crise. Ces ancrages, on le constate aujourd’hui, font office de précieuses bouées lorsque la mer s’agite.

De telles balises, en fait, paraissent presque trop strictes actuellement compte tenu de la situation exceptionnelle. Eric Girard a réitéré sa volonté ferme de ramener l’équilibre budgétaire en cinq ans, mais le suspense reste entier sur comment on y parviendra.

Au sortir de la crise, le gouvernement estime que le patient qu’est l’économie québécoise ne sera pas entièrement guéri. Il aura subi des dommages permanents (un déficit dit « structurel ») de 5,5 à 7 milliards.

Comment le combler ? M. Girard a surtout détaillé les méthodes qui ne seront pas utilisées : une hausse des impôts et une coupe des services. Sauf que renflouer un déficit de 7 milliards en quelques années sans ces deux outils apparaît difficile.

Devrait-on changer la loi pour suspendre les versements au Fonds des générations, option évoquée dans les documents publiés jeudi ? Ou se donner deux ans de plus pour retrouver l’équilibre ? On créerait dans chaque cas un troublant précédent, mais qui peut très bien se justifier par le contexte exceptionnel.

On en saura plus sur la stratégie de Québec en mars prochain lors du dévoilement du budget.

Il est probable qu’on voit plus clair à ce moment, notamment sur l’état d’avancement des vaccins contre la COVID-19. En attendant, souhaitons que M. Girard passe un coup de fil à Ottawa pour inculquer un peu de rigueur à ses homologues fédéraux.