La question peut sembler complètement absurde. Après tout, on parle ici des États-Unis, pas du Kazakhstan ! Pourtant, certains se la posent désormais de façon tout à fait sérieuse aux États-Unis.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Et si Trump ne partait pas ?

Des journalistes du site d’information Axios (référence en matière de politique américaine) soulignaient mercredi que certaines déclarations de la part de républicains « suggèrent un moyen radical, de dernier recours, pour que Trump s’accroche au pouvoir ».

Donald Trump, qui refuse de concéder la victoire à Joe Biden, aurait mis au point une stratégie pour demeurer à la Maison-Blanche.

Comment ?

Commençons d’abord par rappeler que le processus devant mener à la prestation de serment de Joe Biden le 20 janvier prochain est complexe.

Le président américain est élu par 538 grands électeurs et leur vote est prévu le 14 décembre prochain. Or, pour que cette étape fondamentale ait lieu, les résultats de l’élection doivent auparavant être certifiés dans chacun des États.

L’idée machiavélique qui circule chez les républicains serait d’empêcher la certification dans certains États où l’avance de Joe Biden est mince. La Pennsylvanie, l’Arizona, le Michigan, la Géorgie et le Wisconsin, par exemple.

Dans chacun de ces États, les grands électeurs sont tenus de voter pour Joe Biden, puisqu’il y a remporté la majorité des suffrages. Or, si la manœuvre républicaine fonctionnait, les parlements de ces États (tous contrôlés par les républicains) pourraient alors choisir d’autres grands électeurs qui, eux, voteraient plutôt pour Donald Trump.

PHOTO CARLOS BARRIA, REUTERS

Donald Trump s’est rendu mercredi, Journée des anciens combattants, au cimetière national d’Arlington, près de Washington, où il a déposé une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu.

La Constitution permet aux parlementaires d’un État de sélectionner les grands électeurs, mais cette pratique n’a pas été mise en œuvre depuis le XIXe siècle, soulignait récemment Edward B. Foley dans le Washington Post. Ce professeur de droit a qualifié de « répugnant » ce plan républicain.

Répugnant, peut-être, mais ce serait la suite logique du déni dans lequel sont plongés, à Washington, Donald Trump et une large majorité des politiciens républicains depuis le scrutin du 3 novembre.

Entendons-nous : les obstacles à une telle manœuvre sont très grands.

« C’est théoriquement possible, mais c’est politiquement très peu probable », nous a expliqué une politologue de l’Université Rutgers-Camden, Lorraine Minnite. Elle souligne notamment que la plupart des États ont des lois qui décrètent que les grands électeurs sont choisis conformément aux résultats du scrutin.

Cela n’empêche toutefois pas certains alliés du président de multiplier les déclarations et de faire des gestes troublants.

PHOTO ALEX BRANDON, ASSOCIATED PRESS

Le président désigné Joe Biden a assisté au même moment à une cérémonie au mémorial de la guerre de Corée, à Philadelphie.

Un de ses plus loyaux lieutenants, le procureur général des États-Unis William Barr, est ainsi intervenu de façon inédite lundi.

Il a autorisé les procureurs fédéraux à enquêter, « avant la certification des élections » sur des « allégations substantielles d’irrégularités » lors du scrutin. Le fonctionnaire du département de la Justice qui dirigeait la direction des crimes électoraux a démissionné en signe de protestation.

De la poudre aux yeux pour satisfaire Donald Trump, le geste de William Barr ? Peut-être.

Alors que dire des déclarations du secrétaire d’État, Mike Pompeo, un autre précieux allié du président républicain ? Il a promis mardi une « transition en douceur vers une seconde administration Trump ».

Une simple blague ? Peut-être aussi. Mais dans les circonstances, alors que certains évoquent un scénario qui s’apparenterait à un coup d’État, elle est de mauvais goût.

Sans compter que le président, ces jours-ci, se déchaîne sur Twitter. Il dénonce une « élection truquée » et affirme qu’il va « gagner ».

Tout ça est surréel, mais aussi hautement problématique.

Car même si les actes de sabotage des républicains ne permettent pas à Donald Trump de se maintenir au pouvoir, ils affaiblissent à la fois la légitimité de la présidence de Joe Biden et celle de la démocratie américaine.

Un sondage publié en début de semaine révélait que 70 % des électeurs républicains estiment désormais que l’élection présidentielle n’était pas « libre et équitable ». C’est aussi tragique qu’inquiétant.

Les Américains ont peut-être rejeté le président républicain, mais l’ère Trump, hélas, n’est assurément pas terminée.

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