La semaine dernière, l’entreprise québécoise Guru a connu un début explosif en Bourse, voyant ses actions s’envoler au premier jour des transactions.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Le même jour, on a appris que le constructeur d’autobus et de camions électriques Compagnie Électrique Lion, de Saint-Jérôme, mène des démarches en vue d’une possible inscription à la Bourse de New York.

Quelques jours plus tard, une autre jeune entreprise québécoise cotée en Bourse, Lightspeed, a fait la manchette en avalant un important concurrent, propulsant le cours de ses actions.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« L’entreprise québécoise Guru a connu un début explosif en Bourse », écrit notre éditorialiste.

Et c’est une entreprise de Montréal, Nuvei, qui a réalisé il y a quelques semaines le plus important premier appel public à l’épargne de l’année à la Bourse de Toronto – et le plus gros de l’histoire pour une entreprise technologique.

Dans le désormais très tranquille monde boursier québécois, ce sursaut d’activité de la part d’entreprises nouvellement inscrites fait figure d’évènement.

Si les entrées en Bourse d’entreprises de chez nous n’ont pas retenu votre attention au cours des dernières années, c’est normal. Il y a bien eu, depuis cinq ans, une dizaine d’entreprises québécoises qui sont passées de la Bourse de croissance de Toronto à la « vraie » Bourse – l’équivalent d’un joueur de hockey de la Ligue américaine qui atteint la Ligue nationale.

Mais les véritables premiers appels publics à l’épargne québécois sur le TSX sont aussi rares que le passage du père Noël. Les bonnes années, on en compte un, maximum deux. Bref, on est plus près du bruit des criquets que de celui des feux d’artifice.

La proportion d’entreprises québécoises à la Bourse de Toronto, incluant la Bourse de croissance, est maintenant inférieure à 7 % (contre 43 % pour l’Ontario et 30 % pour la Colombie-Britannique). C’est considérablement moins que notre poids économique.

Faut-il s’en préoccuper ? C’est la grande question. Si les entreprises québécoises se tournent moins vers la Bourse, c’est surtout parce qu’elles trouvent du financement ailleurs. Le capital de risque et le financement privé se sont beaucoup développés au Québec depuis quelques décennies. C’est une excellente nouvelle.

On sait aussi qu’être inscrit en Bourse vient avec son lot de réglementation, de paperasse et de pression des analystes. Bref, c’est loin d’être une sinécure.

Mais la Bourse reste un véhicule formidable pour certaines entreprises. Elle permet aux premiers investisseurs, qui ont un horizon d’investissement limité, de sortir facilement leurs billes. L’autre possibilité est de vendre ses parts à d’autres investisseurs, mais ceux-ci peuvent être étrangers. Cela peut contribuer au fait que nos entreprises sont souvent vendues trop tôt au lieu de grandir ici.

On sait aussi que la Bourse convient particulièrement aux grands prédateurs qui croissent en avalant des concurrents, comme Couche-Tard et CGI. Il est d’ailleurs enthousiasmant de voir Lightspeed suivre leurs traces. C’est sans compter tout l’écosystème – courtiers, avocats – qui bénéficie des entrées en Bourse et qui migre en masse vers Toronto.

Pour revigorer le secteur, certains observateurs rêvent d’un « régime d’épargne-actions 2.0 » calquant celui créé par Jacques Parizeau en 1979. L’idée : des déductions fiscales pour les contribuables québécois qui investiraient dans des entreprises québécoises cotées en Bourse.

Cela stimulerait peut-être les inscriptions en Bourse, mais le gouvernement de la CAQ se montre frileux et on le comprend. Aujourd’hui, les épargnants québécois ne manquent pas de possibilités d’investissements et les entreprises ne manquent pas de capitaux. Difficile, donc, de justifier une perte de revenus fiscaux dans une telle aventure.

Des allégements dans les règles encadrant les entreprises cotées en Bourse sont-ils possibles pour la rendre plus attrayante ? C’est certainement à explorer. Mais il faut se rappeler que ces règles existent pour protéger les investisseurs et qu’il ne faut pas fragiliser cette protection.

En fait, le mieux qu’on peut souhaiter est peut-être que les Guru, Nuvei et Lightspeed de ce monde insufflent un changement culturel dans le monde entrepreneurial québécois. Et génèrent naturellement l’étincelle qui rallumera la flamme.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion