La présidentielle américaine nous offre le spectacle déprimant d’une démocratie en déclin. Oui, il y a ces images de rassemblements haineux, ces électeurs privés de vote, ces appels à la violence à peine voilés d’un président acculé au pied du mur.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Mais il n’y a pas que ça.

Derrière la course présidentielle, des courants frais laissent filtrer un souffle de changement. Et qui sait, peut-être, à terme, un véritable vent de renouveau.

L’un des signes de ce changement, c’est la diversification des candidatures à tous les niveaux électoraux, et plus particulièrement à la Chambre des représentants.

De plus en plus de femmes et de candidates de couleur briguent les suffrages – et réussissent à se faire élire.

Les élections de 2018 ont été marquées par une explosion de candidatures féminines. Un nombre record de 234 femmes s’étaient portées candidates pour l’un des 435 sièges de la Chambre des représentants. Et un nombre record de 102 ont gagné le vote.

Certaines ont déjà imprimé leur marque. Pensez à la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez et à la façon dont elle a brassé la cage depuis deux ans !

PHOTO ANDREW KELLY, REUTERS

Alexandria Ocasio-Cortez, une des étoiles montantes du Parti démocrate, a exercé son droit de vote par anticipation le 25 octobre dans le Bronx, à New York.

En 2018, le nombre de candidates avait bondi de 40 % par rapport aux élections de 2016. Et leur part au sein de la Chambre des représentants a augmenté de quatre points de pourcentage, passant de 19,3 à 23,4 %.

La tendance semble s’accélérer en 2020, avec 300 femmes briguant un siège à la Chambre des représentants, soit 27 % de plus qu’il y a deux ans. Et la possibilité d’autant plus grande d’augmenter la représentation féminine dans cette chambre du Congrès américain.

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En 2016, la vague de candidatures féminines carburait au rejet viscéral d’un président misogyne, note la politologue Andréanne Bissonnette. Le bond enregistré cette année montre que le phénomène s’inscrit dans la durée.

Ce qui est encore plus frappant, c’est que cette fois, plus du tiers (117) de ces candidates sont issues de la diversité. C’est du jamais-vu. Elles sont Noires, Latinos ou Autochtones. Elles arrivent avec une perspective, des bagages et des priorités différents.

Ces candidates sont motivées par la gestion catastrophique de l’épidémie de COVID-19, par le mouvement #metoo, mais aussi, et surtout, par leur volonté de lutter contre le racisme, selon Jean Sinzdak, directrice adjointe du Centre pour les femmes américaines et la politique (CAWP).

Évidemment, ces femmes ne sont pas toutes progressistes.

La républicaine Marjorie Taylor Greene, adepte du mouvement QAnon, est bien placée pour gagner un siège en Géorgie, par exemple. D’ailleurs, la vague d’engagement politique qui était jusqu’à maintenant l’apanage des démocrates se manifeste cette année plus que jamais côté républicain.

Les candidates démocrates restent deux fois plus nombreuses que les républicaines (206 contre 94.)

Avec de plus en plus de courses opposant deux candidates, on peut facilement imaginer que les femmes franchiront cette année la barre des 25 % des sièges à la Chambre des représentants. Au Sénat, par contre, on semble faire du surplace avec 26 femmes sur 100 sièges de sénateurs et peu de changement en vue. Idem pour les postes de gouverneur.

En revanche, ça bouge dans les législatures des États : le nombre de femmes essayant de se faire élire à ce niveau vient de fracasser des records, selon le CAWP.

Plus il y aura de femmes élues à tous les niveaux de gouvernement, plus leur présence sera à la fois normalisée et inspirante. Et potentiellement contagieuse.

Même chose pour les femmes issues de la diversité. Plus elles seront nombreuses à faire le saut en politique, plus elles en inciteront d’autres à les imiter dans deux ou quatre ans.

À tort ou à raison, les femmes incarnent le changement aux yeux des électeurs, note Jean Sinzdak. Elles sont réputées retourner davantage d’argent dans leur district, on les perçoit comme plus efficaces et plus consensuelles que les hommes.

Le vote pour des femmes est donc souvent un vote pour le changement. Et cette soif de changement modifie, lentement mais sûrement, le visage de la démocratie américaine.