Ça aurait pu être plutôt simple pour Donald Trump de remporter l’élection qui se tiendra mardi.

François Cardinal
François Cardinal La Presse

Pensez-y. Un peu partout dans le monde, on a observé le même phénomène depuis le début de la pandémie : un « ralliement autour du drapeau » qui incite les électeurs à serrer les rangs derrière leur leader.

On l’a vu en Europe. On l’a vue en Asie. On l’a vu presque partout où le chef d’État a fait son possible pour lutter contre la crise, incluant ici même, au Canada : quasiment tous les premiers ministres ont vu leur cote de popularité augmenter, incluant Justin Trudeau, qui brûle d’envie d’aller en élections.

PHOTO ANDREW CABALLERO-REYNOLDS, AGENCE FRANCE-PRESSE

Face à la pandémie « l’administration Trump, elle, a carrément choisi de regarder ailleurs », écrit François Cardinal.

Certains en ont d’ailleurs profité pour décrocher un autre mandat (le Parti saskatchewanais de Scott Moe), d’autres ont transformé leur gouvernement minoritaire en gouvernement majoritaire (John Horgan en Colombie-Britannique et Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick).

Mais aux États-Unis, pas de ralliement autour du chef. Même si ce fut généralement le cas lorsque des crises ont frappé dans le passé, de la guerre de Sécession (Lincoln) au 11-Septembre (Bush), en passant par la crise des missiles (Kennedy).

« Mû par un réflexe classique dans son histoire, en période de crise, le peuple américain se rassemble autour d’une figure unificatrice, symbole de la résilience du pays, le président », fait remarquer Élisabeth Vallet, chercheure en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis, dans son dernier livre*.

Et pourtant, Donald Trump n’a pas eu droit à un tel bond dans les sondages, sinon très brièvement au tout début de la pandémie. Ce qui prouve (si besoin est) à quel point sa réponse a été un fiasco digne des livres d’histoire.

* * *

C’est vrai que les États-Unis n’ont pas été les seuls à cafouiller, et à perdre le contrôle de la pandémie malgré toute leur bonne volonté.

On n’a qu’à regarder les courbes en Europe, où même les bons élèves comme l’Allemagne sont à la peine en ce moment.

Mais ce qui distingue néanmoins les États-Unis sous Trump, c’est justement ce manque total de volonté d’endiguer la crise sanitaire. Un manque de volonté qui, on l’espère, sera sanctionnée par les électeurs, comme le suggèrent les prédictions du jour J.

Les électeurs sont capables de se faire magnanimes face à une gestion de crise déficiente lorsqu’ils voient bien que le gouvernement fait son possible. Pensons au Québec, où la popularité de François Legault a été inversement proportionnelle au bilan de la province lors de la première vague.

Mais l’administration Trump, elle, a carrément choisi de regarder ailleurs. Même si elle avait été avertie très tôt de la gravité de la situation qui pendait au bout du nez des Américains.

Le 28 janvier dernier, un conseiller du président l’avertissait de manière on ne peut plus claire : le virus qui circule actuellement en Chine sera « la plus importante menace à la sécurité nationale de [votre] mandat », raconte le journaliste Bob Woodward dans son livre Rage.

La réponse du président ?

Minimiser la menace au point de s’en moquer.

* * *

Ce qui se dessinait comme un référendum sur Trump se transforme ainsi tranquillement en un référendum sur la gestion chaotique de la COVID-19 par Trump. Et si Trump encaisse bel et bien une défaite, il n’aura que Trump à blâmer.

Le président a échoué. Et le candidat a échoué lui aussi.

Rappelons-nous sa suggestion de s’injecter du désinfectant pour combattre le virus. Rappelons-nous sa performance hystérique lors du premier débat, qui a permis à Joe Biden de doubler son avance.

Et rappelons-nous également son comportement lorsqu’il a contracté le virus. Il avait alors l’occasion de changer de cap, de se dire conscientisé et de devenir un leader de la lutte contre le virus, ce qui aurait pu finir par provoquer le fameux ralliement autour du chef qu’on voit habituellement aux États-Unis.

Mais non, il s’est encore moqué du virus. Il s’est baladé en limousine. Il s’est présenté sur le balcon de la Maison-Blanche pour y retirer son masque.

Et encore ces derniers jours, alors que le nombre de morts frôle les 230 000 là-bas, Trump a tweeté, retweeté et tweeté encore sur ce virus « dont on n’entendra presque plus parler après le 4 novembre ».

« NOUS SOMMES EN TRAIN DE TOURNER LE COIN ! ! ! » a-t-il rassuré… sans rassurer grand-monde. Pas même son chef de cabinet, Mark Meadows, qui avouait dimanche que les États-Unis avaient finalement renoncé à « contrôler la pandémie ».

Trump crie ainsi au « fake news virus » comme on crie au loup. Il regarde ailleurs. Il ment. Il met la faute sur la Chine. Il attaque les gouverneurs démocrates.

Plutôt que de se servir de la crise comme tremplin, il s’en est ainsi servi pour creuser son trou.

* Comprendre les élections américaines, édition 2020, dont nous publions aujourd’hui un extrait.