Bon, d’accord, il n’y a pas eu de cacophonie ni de déluge d’insultes.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Le deuxième et dernier débat présidentiel a été civilisé et ça faisait du bien.

Mais, il y a un mais : les téléspectateurs ont été ensevelis sous une avalanche de faits alternatifs.

Gracieuseté du président américain.

PHOTO JONATHAN ERNST, REUTERS

Le président des États-Unis, Donald Trump

Le président avait visiblement écouté ses conseillers. Il a décidé de ne pas se comporter comme un adolescent insubordonné – ce qu’il avait fait lors du premier débat.

Il a, cette fois, fait preuve de discipline. Et il a incontestablement marqué des points au lieu de brûler ses dernières cartouches.

Mais sa façon de convaincre les Américains qu’il est encore l’homme de la situation fut pénible.

Du début à la fin, il a cherché à duper les millions de téléspectateurs qui voulaient savoir à quoi s’en tenir au sujet des deux candidats.

Certaines de ses impostures étaient familières.

• Soutenir qu’il est le président qui en a fait le plus pour la communauté noire depuis Abraham Lincoln, par exemple. Pour ensuite – ça ne s’invente pas – prétendre qu’il était « la personne la moins raciste dans cette pièce ».

• Affirmer que tout va très bien madame la marquise avec la Corée du Nord, puisqu’il a une bonne relation avec Kim Jong-un. Dans les faits, ce dernier a développé son arsenal militaire alors qu’il était courtisé par Donald Trump. Il vient de dévoiler un nouveau missile balistique intercontinental géant.

• Oser prétendre qu’il a fait « un travail remarquable pour l’environnement ». On pourrait en rire si ce n’était pas aussi triste. Son bilan est atroce.

D’autres impostures étaient flambant neuves.

Expliquer que les 545 enfants ayant été interpellés à la frontière du Mexique, dont les parents n’ont encore pas pu être localisés, étaient entrés aux États-Unis avec l’aide de passeurs. Ils ont en fait été séparés de leurs parents en vertu d’une politique de l’administration Trump.

Le président a aussi tenté de faire du millage sur l’idée, fantasque, que Joe Biden est à la tête d’une « famille criminelle ».

L’histoire, aussi complexe que douteuse, découle de l’apparition récente du disque dur d’un ordinateur qui aurait appartenu au fils du candidat, Hunter Biden. Il aurait été transmis – et ça non plus, ça ne s’invente pas – au New York Post par Rudy Giuliani, avocat et ami du président.

PHOTO CAROLYN KASTER, ASSOCIATED PRESS

Joe Biden a mis son masque avant de parler avec les journalistes, après le débat.

Aux nombreuses allégations du président à ce sujet, Joe Biden a offert l’une de ses meilleures répliques de la soirée, les yeux rivés sur la caméra. « Il ne s’agit pas de ma famille ou de la sienne, il s’agit de la vôtre. »

À ces familles, Joe Biden a pu présenter les détails de son programme, qui se situe aux antipodes de ce que Donald Trump a fait à la Maison-Blanche.

Sur la lutte contre le coronavirus, notamment, pour laquelle le candidat démocrate promet une riposte fédérale plus musclée.

Il a aussi étayé ses positions sur certains grands enjeux comme la santé (élargir la réforme de Barack Obama), l’environnement (son ambitieux plan vert) et l’économie (rehausser le salaire minimum, notamment). Par-dessus tout, son intérêt pour les politiques publiques et leur impact sur le bien commun était flagrant face à l’indifférence du président à ce sujet.

Précisons cependant que sa performance a été honorable, mais pas éclatante. C’était d’autant plus apparent qu’on avait eu droit, la veille du débat, à un discours électrisant de Barack Obama.

Découvrez le discours de Barack Obama : https://www.youtube.com/watch?v=IQnlnk6Y7Kk

Joe Biden a notamment eu du mal à répondre de façon convaincante aux attaques les plus efficaces de Donald Trump, celles où il lui reprochait d’avoir un bilan trop modeste après avoir passé 47 ans à Washington, dont huit à la Maison-Blanche.

Pas facile de déterminer quel impact aura ce dernier débat sur la course. Qu’en penseront les électeurs indécis de Cincinnati, en Ohio, ou de Jacksonville, en Floride, par exemple ? Espérons qu’ils ne se laisseront pas berner une fois de plus (et de trop) par Donald Trump.