Une polémique a été déclenchée par le fait que Québec n’a pas suivi l’avis de l’Institut national de santé publique quant à la réduction de 50 % du nombre d’élèves dans les classes de 4e et 5e secondaire.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

On exagère grandement. Il n’y a même pas, ici, l’ébauche de l’embryon d’une odeur de scandale.

Le processus de prise de décision, celui qui prévaut à Québec depuis le début de la pandémie, a été respecté. Et tout indique que la décision qui a été prise au final – exiger que les élèves de 4e et 5e secondaire restent à la maison un jour sur deux en zone rouge, de façon à diminuer le nombre d’élèves dans les écoles et les autobus scolaires – est judicieuse.

Rien de mieux, pour désamorcer cette polémique, que de se pencher sur le processus en question.

À Québec, depuis le début de la pandémie, on sollicite souvent l’avis des experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

C’est en général la Direction nationale de santé publique du ministère de la Santé (le Dr Arruda et ses collègues) qui réclame cet avis. On parle ici, notamment, de recommandations ou de revues de la littérature scientifique.

Parallèlement, elle obtient aussi l’éclairage des diverses directions régionales de santé publique, avec qui elle communique au quotidien.

Le processus se poursuit généralement par des échanges avec nos élus et les hauts fonctionnaires. Lorsqu’il s’agit de décisions qui touchent à l’éducation, le ministre Jean-François Roberge y participe. Et lui-même consulte ses partenaires du milieu, dont certains forment ce qu’il qualifie d’équipe tactique.

Des décisions sont prises à la suite de ces délibérations.

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Les avis de l’INSPQ ne sont donc pas comme la Bible. Ils guident nos décideurs. Ça signifie que les recommandations sont mises en œuvre la plupart du temps, nous a-t-on confirmé. Mais pas toujours. Et c’est parfaitement normal.

Notamment parce qu’il faut leur faire subir le test de la réalité.

Sur le terrain, ces recommandations sont-elles applicables ? Sur le plan pédagogique, sont-elles viables ? Les remèdes proposés pourraient-ils créer d’autres maux ?

Depuis le début de la crise, les mesures adoptées par Québec ressemblent toujours plus à des compromis qu’à des dogmes. La preuve ultime, c’est que ces mesures ne sont pas coulées dans le béton. Elles peuvent évoluer.

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Vous souvenez-vous du premier plan d’action pour la rentrée, présenté en grande pompe en juin dernier par le ministère de l’Éducation ?

Les autorités sanitaires avaient alors recommandé des bulles de six élèves dans les classes de la province. Des cris ont fusé dans le milieu de l’éducation : c’est impraticable, disait-on !

Quelques semaines plus tard, les responsables de la santé publique ont revu leur copie. On a plutôt opté pour le concept une bulle = une classe.

Revenons maintenant sur l’idée de réduire le nombre d’élèves par classe en 4e et 5secondaire. Et aussi sur celle de la Fédération autonome de l’enseignement, qui voudrait que ce modèle soit étendu à la majorité des jeunes du Québec.

Oh, certaines écoles y parviendraient sûrement, bien sûr. Mais avec la pénurie d’enseignants, la fracture technologique qui pénalise encore un trop grand nombre d’élèves et les efforts inouïs qu’on demanderait à divers acteurs d’un réseau qui a besoin de tout sauf d’un nouveau choc – comme l’affirmait Sylvain Mallette, de la Fédération autonome de l’enseignement, lors d’une rencontre éditoriale à La Presse il y a quelques jours –, cet exercice serait l’équivalent de tenter de faire entrer un cercle dans un carré.

Et pensons un peu à la façon dont la vie des familles se retrouverait sens dessus dessous ! On n’a pas envie de jouer dans le même film qu’au printemps.