Lors de son passage à Tout le monde en parle dimanche, la vice-première ministre Geneviève Guilbault a refusé ne serait-ce que de prononcer l’expression « racisme systémique ».

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Avant elle, c’était les différents membres du Conseil des ministres à Québec qui suivaient docilement la position officielle dans différentes tribunes, dont les deux coprésidents du groupe de travail contre le racisme.

Et avant ça, c’était bien sûr le premier ministre François Legault qui traçait la voie en dictant à tout son monde la « ligne » à suivre : s’entêter à nier l’existence de ce phénomène pourtant très bien documenté au Québec.

Comme si ce gouvernement avait choisi le déni systémique plutôt que de s’attaquer au racisme systémique.

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Or, ce choix n’a rien de banal. Ce n’est ni un symbole ni une question de sémantique.

D’abord, en reconnaissant qu’« il y a du racisme au Québec », mais en refusant d’y accoler l’adjectif « systémique », Mme Guilbault, comme M. Legault avant elle, ramène le problème à un simple comportement individuel déviant.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Lundi, en conférence de presse, le premier ministre François Legault a affirmé qu’il ne veut « pas commencer à juger le peuple québécois ».

Ensuite, il envoie le message que l’État ne reconnaît pas l’existence d’une discrimination systémique, même dans l’appareil gouvernemental et ses différentes composantes comme le réseau de la santé.

Or, la mort tragique de Joyce Echaquan montre très précisément les conséquences néfastes, voire funestes de ce déni.

Voilà un centre hospitalier qui était reconnu pour la présence de pratiques discriminatoires en son sein. Pratiques qui avaient été publiquement dénoncées lors de témoignages devant la commission Viens il y a deux ans à peine. Pratiques qui, selon le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, avaient déjà fait l’objet d’une cinquantaine de plaintes… toutes rejetées.

Et pourtant, le maire de Joliette nie l’existence de racisme, en affirmant qu’il « ne sen[t] pas ça » chez lui.

Et le CISSS de Lanaudière continue de soutenir que les patients en provenance de Manawan sont traités comme tous les autres, façon de nier l’existence d’une discrimination systémique même si tout le contredit depuis une semaine.

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Pourtant, ce n’est pas sorcier.

Le racisme, c’est une infirmière qui insulte une autochtone en raison de son origine.

Le racisme systémique, c’est une infirmière qui continue d’insulter une autochtone même si des dizaines et des dizaines de plaintes ont été déposées pour des comportements similaires par différentes personnes dans un même établissement.

Le racisme systémique, ce n’est donc pas un racisme « systématique » ; ce sont plutôt des comportements, des politiques ou des pratiques qui font partie des structures d’une organisation — du système, autrement dit — et qui ciblent des minorités visibles ou des membres des Premières Nations.

En fermant les yeux sur l’existence d’une discrimination systémique, François Legault s’empêche de bien comprendre le phénomène qu’il tente de régler avec son groupe de travail sur le racisme.

Il ferme les yeux sur l’ampleur des attitudes, des comportements et des dérives qu’on a vus à l’hôpital de Joliette, mais aussi dans la police, dans les municipalités, dans la fonction publique, etc.

« Or, comment peut-on régler le problème du racisme systémique si on pense qu’il n’existe pas ? », a demandé avec justesse la sénatrice Yvonne Boyer, elle-même une membre de la Nation métisse.

Il est temps que François Legault se remette en question et ouvre les yeux sur les conséquences de sa petite politique partisane qui le mène à un déni systématique et qui participe d’un déni systémique.

Il est temps qu’il cesse de parler à sa base et de suivre bêtement les chroniqueurs qui prétendent à tort que reconnaître le racisme systémique revient à faire le procès des Québécois. Comme il l’a fait hier en disant qu’il ne veut « pas commencer à juger le peuple québécois ».

Le rapport de la commission Viens a reconnu l’existence de discrimination systémique. Le SPVM et la GRC aussi. La Commission des droits de la personne a reconnu que la discrimination à l’emploi était bel et bien un « phénomène systémique ». La Ville de Montréal aussi.

Afin que nos institutions cessent de perpétuer des comportements racistes envers les minorités visibles et les communautés autochtones sans le reconnaître, il est temps que le premier ministre du Québec reconnaisse l’évidence à son tour.